Une histoire de corps
Simultanément paraissent chez Fitway, deux grands - et beaux - livres consacrés à la plastique humaine. À la nudité de ces corps mis en beauté par la magie de la photographie. L’un consacré au corps féminin, que nous vous présentons ici, l’autre au corps de l’homme, que notre consœur a lu pour vous.
Pour célébrer ici cette mise à nue, une plume s’imposait : celle d’Alina Reyes, auteur de nombreux romans sur l’amour et l’art d’aimer, sur les complaintes du corps et les mille et une manières de boire le sel qui en découle. Pour fixer l’instant de grâce, cette alchimie si volatile qui permet à une photographie de devenir de l’art et non une image vulgaire, il fallait un maître en la matière pour savoir discerner l’ultime instant où tout se joue. Bernard Matussière, le père fondateur de la campagne Aubade, a su donner à ses modèles l’innocence des origines et magnifier leur beauté au-delà des courbes et des ombres, pour les immortaliser dans l’éblouissante pose qui fait d’elles, non plus des femmes, mais bien des déesses...
Dès la première page Alina Reyes casse le concept d’un livre qui ne serait que du papier glacé dressé à
la gloire du corps en posant nue pour témoigner de son engagement, et se jouer des miroirs. Elle n’aura alors comme destin que de nous conduire vers la connaissance du langage des corps en nous peignant la beauté depuis la naissance des Temps en s’appuyant sur les histoires du nu féminin dans la mythologie. Se posant en arbitre face aux dérives de l’imaginaire des hommes façonnées depuis l’aube de l’humanité, elle accompagnera ce bouquet de modèles aux corps parfaits si bien épinglés sur ces pages noires et blanches pour conduire notre œil vers la singularité de l’éternel féminin, cette nudité de poésie fragile qui nous appelle à travers le reflet de notre désir. Car, soyons honnêtes, cette chair affichée, si belle soit-elle, a du mal à s’affranchir du substitut fantasmé qui se révèle bien plus vertigineux que le corps réel. Le stimulus visuel happe notre conscience dans son champ de perception et nous foudroie sur l’autel de la jouissance anticipée. Simples mortels voués à l’attrait du beau, à l’appétit charnel ainsi émoustillé, nous voilà enclins à quelques pensées gourmandes qu’il ne faut pas renier. D’autant que, plus on avance dans le livre, plus on s’enfonce dans l’intimité de cette Femme qui ose avouer son cheminement dans le monde, sa passivité, sa nonchalance évanescente sous les chaleurs tropicales et s’offrir, nue, à la sieste cubaine dans une chambre ombragée où poisse une humidité constante. Jouit-elle en dormant ? Personne ne sait rien de cette extase, mais on devine une certaine inclination au plaisir et l’on aimerait y participer...
Notre regard d’homme est désir. Il est un acte pur pour affirmer notre attachement à la beauté dans une projection qui anticipe cette identification physiologique. Ainsi, il accompagnera l’acmé du plaisir, et c’est ce transfert, cet appel au jeté hors de soi qui sera prière.
Ainsi donc, mes frères, enfilez vos gants blancs et ouvrez ce livre avec recueillement, l’instant est grave. Glissez le doigt de page en page comme on effeuille une rose et brûlez d’amour pour ces corps incandescents...
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