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Lire en Fête 2005

Depuis que vous nous lisez, vous avez dû vous rendre compte que notre émérite chroniqueur Julien Védrenne, outre sa passion pour Dostoïevski, avait tendance à baigner dans le noir - le roman noir, s’entend... Il côtoie dans ces zones obscures quantités de gens, se fait des amis, des relations, et lorsqu’il a lancé à la ronde cet appel à textes de la part du Littéraire à l’occasion de Lire en Fête, Yvonne Besson a répondu très vite en nous parlant de sirènes... ce qui, vous l’allez voir, n’est pas si éloigné que cela de la librairie. 
Entre un père libraire - justement, tiens... - et une mère professeur de Lettres, on peut dire qu’Yvonne Besson est tombée dans les livres dès la naissance et qu’elle n’en est plus guère sortie depuis : bac littéraire, lycée Fénelon à Paris, agrégation de Lettres puis enseignement en collège et lycée... jusqu’à ce que parler des livres des autres ne lui suffise plus : elle finit par prendre la plume et a publié à ce jour quatre titres.

Ma libraire

Ma libraire est une sirène. La preuve, si vous lui téléphonez, elle répond : "La Sirène, bonjour !" Mais n’imaginez pas une de ces sirènes nordiques fadasses et blondes, pas une sirène petite et de Copenhague, non, c’est une sirène du Sud, belle, brune et pétillante. Et en plus, elle a des jambes à la place d’une queue de poisson.
La trouver n’est pas très facile. Pas besoin, certes, d’une plongée en apnée, ni d’un voyage en goélette vers des îles lointaines, juste un jeu de piste menant au quai 9 ¾ ou au trésor perdu. Suivez les flèches de votre imagination. Laissez derrière vous les vitrines évidentes et banales de la Grand-rue, levez le nez vers le clocher de l’église Saint-Jacques et dès que vous entendrez sonner la cloche, sautez !
 
On y est. Plus de bruits de moteurs, le temps est remonté, entre le chevet de l’église et les arcades de brique blonde, on doit pouvoir croiser Monsieur Picwick préparant Noël ou une petite marchande d’allumettes ou, pourquoi pas, le père Grandet comptant ses louis d’or...
Entrez, ils vous attendent à l’intérieur.
Vous y êtes ? Attention à ne pas vous cogner la tête, la voûte est basse. C’est que vous n’êtes pas censé être aussi bêtement grand.
Ouvrez les yeux. Vous vous demandez ce qu’on fiche là, et comment cette librairie peut être MA librairie ! C’est pour les gosses, les minots, les ados, les tout-petits, les nourrissons, les mômes et les enfants. Oui. C’est un lieu enchanté.

Il y a des couleurs, du tissu du carton du papier, encore des couleurs, des arbres géants en plastique dont les feuilles sont des mini-livres, des éléphants-chats punaisés sur les murs, trois sorcières et leurs balais, de minuscules fauteuils et encore des couleurs. Ici, on croit à tous les Pères Noël, aux chimères, aux dragons, aux magiciens, aux chiens qui parlent, aux petites filles qui mangent leurs grands-mères... euh, pardon, dont le loup mange les grands-mères. Ici, les livres ne sont pas encore des séries de signes noirs bien alignés, mais aussi des images, des châteaux en relief qui se déploient quand on ouvre les pages, des vaisseaux fantômes, des forêts mystérieuses.

C’est un lieu enchanté : dans des temps fort lointains, le grand dieu Librarius réunit autour de lui ses assistants apprentis en divinité, nommés Savoirus, Intelligentia, (oui, il y avait aussi des filles, les dieux de cette époque n’étaient pas machos !) Memoria et Espricriticus, et leur tint ce discours :
"Vous irez à travers la terre des humains et pour essayer de corriger un peu toutes les tares que des dieux farceurs leur ont attribuées au moment de leur fabrication, vous disséminerez sur la planète des milliers de cavernes affriolantes où on proposera des livres à leurs petits, dès leur plus jeune âge. Des livres si jolis qu’ils contracteront une accoutumance à la lecture dont aucune thérapie ne pourra jamais les débarrasser. Comme ça, au moins, en grandissant, ils liront Molière, Voltaire, Shakespeare, Balzac, Tolstoï et tutti quanti, et ils finiront par être moins cons."
Ce dieu Librarius était polyglotte et un peu vulgaire, je le reconnais.

Malheureusement, le grand Ignarus-Mediaticus a vaincu Librarius en duel pas régulier et commencé à démolir toutes les grottes à livres... Vous aurez compris que ma sirène qui a ouvert sa librairie il y a deux ans est membre d’un des ces groupes clandestins de soutien au grand ancêtre qui tentent de poursuivre l’oeuvre salubre.
Vous allez insister : toi, tu n’es plus une enfant ! Tu ne trouves pas là ta pitance de lettres noires sur fond blanc ! Cette libraire ne peut pas être TA libraire !
Mais si... Vous avez oublié que les sirènes sont très malignes. D’abord, la mienne a attiré les adolescents dans ses rets (qui sont bien sûr de filets de pêche !) en leur proposant des mangas.

Ensuite, elle a adjoint un rayon "romans policiers" à son fonds de littérature enfantine. Les parents ont de quoi patienter pendant que les enfants, vautrés dans les fauteuils minuscules, feuillettent des albums. Enfin, les vrais grands, les gens comme moi, ont pris l’habitude de pousser la porte avec leur liste à la main et de commander tous les livres dont ils ont envie. L’informatique, ça marche aussi chez les sirènes !
Soyons sérieux. Si vous passez par Dieppe, allez voir mon amie Salima, librairie La Sirène, 24 rue Sainte-Catherine. Vous ne le regretterez pas.
Et puis je dois reconnaître que si tous les libraires de France avaient vendu autant d’exemplaires de mon dernier roman, Un coin tranquille pour mourir, que Salima, je ferais jeu égal avec le Da Vinci Code, alors...

Yvonne Besson

Bibliographie

Meurtres à l’antique, Folio Policiers
La Nuit des autres, (1999, La Table Ronde - Epuisé ; ressort bientôt en Pocket)
Double dames contre la mort, (2002, La Table Ronde. Sortira en Pocket)
Un coin tranquille pour mourir, (2004, éditions des Equateurs. Sort très prochainement en Pocket !)

Ne manquez pas de visiter le site d’Yvonne Besson !



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La rédaction, le 15 octobre 2005 - article1958.html
Ce texte a été écrit par Yvonne Besson en exclusivité pour lelitteraire.com à l’occasion de Lire en Fête 2005.
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