La publication d’un livre n’est jamais un acte anodin chez Les Impressions Nouvelles. Et cette fois-ci, c’est un véritable bijou qui est sorti de leur maison ! Le format est grand, la couverture enrobée dans une belle jaquette, la qualité de l’impression laisse songeur... L’intérieur de l’ouvrage ne déçoit pas, bien au contraire : les illustrations et planches de bandes dessinées sont en pleine page où seule une élégante bordure vient les rehausser, la qualité de l’impression est à la hauteur du grammage et de la texture du papier, et la simple liste des auteurs présents pour cet hommage laisse pantois ! Mais restons encore un instant sur l’objet lui-même : élégant, travaillé et fait de matériaux de qualité, il vient rappeler que l’édition d’un livre peut être réalisée sur un support peu ordinaire. En ces temps de vaches maigres où des livres atteignent (et dépassent) les 20 euros pour un dos carré collé, des pages si fines que l’on peut lire le recto et le verso d’un même coup d’œil et une couverture banale à souhait, Little Nemo 1905-2005 : un siècle de rêves détonne, pour le plus grand plaisir des amateurs de beaux ouvrages.
Dès la couverture, deux listes de noms s’étalent. Sur la gauche, les illustrateurs : Boilet, Mattori, Moebius, Otomo ou encore Spiegelman, pour n’en citer qu’un tiers et à droite, les auteurs : Apostolidès, Baetens, Groensteen, Smolderen ou Tisseron, piochés parmi les douze... Tous ont été marqués par le petit personnage de Winsor McCay, planté sur son lit avec les yeux pleins de sommeil et les cheveux en bataille. Mais surtout, chacun revient à sa manière - et dans son domaine de prédilection - sur les talents d’un génie immense qui a marqué plusieurs générations de bédéphiles. Ainsi, les dessins, photos et planches complètes alternent avec des textes très documentés, analytiques et d’un niveau élevé paradoxalement accessible. Ainsi, l’ensemble - écrits et illustrations - relèvent d’une exigence de qualité élevée et forment un tout cohérent, bien que diversifié et traitant de différents aspects de l’œuvre et de son créateur.
Là encore, l’éditeur prouve son amour du livre assez exceptionnel : il réussit à éviter l’écueil d’une longue bibliographie au profit de textes intelligents et esquive la difficulté des hommages rendus par les illustrateurs en laissant une marge de liberté maximale, adaptant son support aux nécessités des graphismes : ainsi Igort bénéficie d’un véritable tableau au centre de l’ouvrage où deux pages se dédoublent pour créer un espace digne d’un paysage américain. Car c’est bien de là que vient Winsor McCay, créateur d’un univers magique, plein de sensibilité, de tendresse mais aussi de critiques acerbes contre les sujets qui le marquaient. Né d’un assortiment de contraintes, le personnage évolue dans un cadre en constante évolution, avec comme point de chute son lit.
Le lecteur aura la joie de trouver quelques planches originales de Winsor McCay, lesquelles ont été restaurées digitalement pour que leur rendu soit digne de ce que souhaitait leur créateur.
En un mot comme en un article, cet ouvrage fait partie de ceux qui trouvent tout naturellement leur place sur nos étagères et que l’on hésiterait presque à prêter, mais que l’on exhibe avec fierté. À avoir, à voir, à lire, à consulter, à ouvrir pour (re)découvrir un petit bonhomme adorable ou simplement... pour rêver !
Visitez le site des Impressions nouvelles...
Il y a 3429 signes dans cet article.