Pour une présentation de l’ensemble du "dossier Dostoïevski" dont cet article constitue le vingt-sixième volet, lire notre article d’introduction, où figure la liste des oeuvres chroniquées.
L’Éternel mari (Vétchny mouj en russe) est le vingt-sixième des récits de Fédor Dostoïevski, datant de 1870. C’est un roman de deux cent soixante pages à la couverture illustrée d’un détail de Mon portrait (1885) de l’artiste franco-suisse Félix Vallotton (1865-1925).
Le train a une place prépondérante dans la littérature dès son apparition. Il en est de même, et davantage encore, dans la littérature russe. Le Russe est un éternel voyageur ou exilé. Il est donc normal de retrouver ce moyen de locomotion chez Dostoïevski. Déjà présent dans Le Joueur, il nous revient dans L’Éternel mari. Mais si dans Anna Karénine, de Tolstoï, il est l’élément déclencheur du roman, avec la rencontre d’Anna Karénine et de Vronski dans le train à destination de Moscou, dans le roman qui nous intéresse, il n’est que le témoin, à la fin, de l’éternel recommencement. Pavel Pavlovitch restera à jamais ce que Dostoïevski nomme : "un éternel mari".
La structure du livre aurait pu être tout autre. Le dernier chapitre aurait pu, en effet, être le premier tant le dénouement est prévisible et constituer l’initiale d’une histoire contée a posteriori. La trame, c’est une farce qui, à la sauce Dostoïevski, devient tragique. Au centre, un mari bafoué, cocufié par tous les petits bellâtres qui envahissent une petite ville de province. Une histoire, entre autres, a un autre aboutissement. Alors qu’il est proprement éconduit par sa maîtresse au profit d’un nouvel amant, Veltchaninov retourne à Pétersboug. Le passé le rattrape lorsqu’il croise, plusieurs années plus tard, Pavel Pavlovitch, celui que sa femme appelait "l’éternel mari".
"L’éternel mari" est un être dépourvu de sentiments, qui fait tout bien et sait parfaitement entretenir la plus parfaite des routines. Qui n’a aucun piquant permettant à sa femme d’exister autrement. Et Pavel Pavlovitch en est un. Un de ceux qui se marient parce qu’il le faut bien. Lui demander d’être amoureux serait un plus.
Donc, Veltchaninov croise un Pavel Pavlovitch devenu ivrogne invétéré qui est accompagné d’une petite Lisa. Or, Veltchaninov comprend très vite qu’elle est le fruit de sa liaison avec Natalia Vassiliévna. Cette dernière vient de mourir de phtisie. La petite est orpheline et maltraitée par son père. Celui-ci sait qu’elle n’est pas sa fille et semble penser qu’elle est née de la liaison de sa femme avec l’autre amant. Il abandonne Lisa aux bons soins de Veltchaninov qui la place dans un cadre idyllique. Malheureusement, la fièvre emporte Lisa. Une course-poursuite dans Pétersbourg commence entre Veltchaninov et Pavel Pavlovitch. De bouges en bars miteux, de cimetières en hôtels de passe, il cherche celui qui ne veut qu’oublier sa femme morte et le mépris qui l’accompagnait.
Pavel Pavlovitch ne cesse de jurer une amitié sans fin à Veltchaninov. Mais celle-ci a un petit goût vraiment amer. Veltchaninov accompagne son "ami" chez les parents de sa nouvelle fiancée. Ses parents sont justement ceux qui étaient en procès avec Veltchaninov pour un litige foncier. Ils ont toute une kyrielle de filles à marier. Les jeux de ces adolescentes, qui toutes détestent Pavel Pavlovitch, sont d’une méchanceté sans limite qui laisse à penser, devant l’impassibilité de Pavel Pavlovitch, qu’il restera à jamais un "éternel mari".
Le roman entretient une tension double entre Veltchaninov et Pavel Pavlovitch. Veltchaninov est persuadé que ce dernier sait tout et qu’il veut sa mort. Il se demande aussi si son "ami" ne veut pas se détruire. Sa disparition, dans la vie de Veltchaninov, sera tout aussi rapide que son apparition. Il lui reviendra par le plus malin des chemins, dans une gare, par l’entremise d’une femme dont Veltchaninov pense qu’elle ferait une bien bonne maîtresse.
Il est à noter que l’on retrouve, dans L’Éternel mari, des éléments que Dostoïevski souhaitait mettre dans sa version initiale et abandonnée de L’Idiot. Éléments que l’on peut retrouver dans L’Idiot - Roman préparatoire, Actes Sud coll. "Babel" (vol. 73).
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| Fédor Dostoïevski, L’Éternel mari (Traduction d’André Markowicz), Actes Sud coll. "Babel" (vol. 277), juin 1999, 260 p. - 7,00 €. |
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