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Pour une présentation de l’ensemble du "dossier Dostoïevski" dont cet article constitue le vingt-cinquième volet, lire notre article d’introduction, où figure la liste des oeuvres chroniquées.

L’Idiot (Idiot en russe) est le vingt-cinquième des récits de Fédor Dostoïevski, datant de 1867-1871. C’est un long roman de mille vingt pages réparties en quatre livres et édité ici en deux volumes, agrémenté d’un avant-propos d’André Markowicz et suivi d’une lecture de Michel Guérin titrée "La Véhémence et le désistement". L’llustration des deux couvertures reconstitue un détail scindé en deux du Portrait de l’artiste dit Le Désespéré (collection particulière, vers 1843) de l’artiste français Gustave Courbet (1819-1877).

L’Idiot - Roman préparatoire, est la somme des cahiers réunis par André Markowicz sous les cotes 212.1.5 et 212.1.6 qui ont précédé L’Idiot et L’Éternel mari, accompagné d’un avertissement du traducteur qui présente ces cahiers selon la chronologie du roman pour former un troisième volume à L’Idiot de cent cinquante-cinq pages à la couverture illustrée d’un détail du Portrait de Fédor Dostoïevski (peinture exposée à la Galerie Trétiakiov de Moscou, 1872) de l’artiste russe Vassili Perov (1833-1882).

Tout débute dans un compartiment de troisième classe d’un train en provenance de Varsovie et à destination de Petersbourg. Alors que rien ne le laisse présager, trois héros masculins qui vont composer la structure de l’intrigue de ce roman - le Prince Lev Nikolaïevitch Mychkine, Parfione Rogojine et le fonctionnaire Lebedev - sont réunis pour mieux parler de l’héroïne de ce roman : la belle et maladive Nastassia Filippovna.

L’Idiot, c’est le Prince Mychkine. Il s’est longtemps fait soigner en Suisse. Pauvre, il vient d’hériter. C’est pourquoi il retourne au pays. De l’amour, il ne sait rien. Ses capacités réduites ne peuvent percevoir que les êtres humains ne sont pas comme lui, d’une franchise éhontée. Sa simplicité et sa bonne humeur font qu’il s’attire les sympathies. Sitôt arrivé chez le général Epantchine, son seul point de repère à Petersbourg, il tombe sous la coupe de ses trois filles. Parmi elles, Aglaïa Ivanovna, qui ne va pas tarder à le hanter. Le Prince en est amoureux alors qu’il croit lui porter un amour simplement fraternel. En revanche, il est frappé par ce qui ressort de Nastassia Filippovna, dont tout le monde parle et que, Rogojine en tête, tous les hommes célibataires veulent être le mari au prix de n’importe quel sacrifice.

Nastassia Filippovna passe son temps à préparer son mariage avec Rogojine et à fuir au dernier instant. Dans ses fuites, elle emmène le Prince Mychkine, uniquement pour mieux le lâcher par la suite. Le temps passe vite et tous les acteurs de ce drame ne cessent de se croiser et de se craindre. Car tout le monde craint tout le monde. Tout le monde aime le Prince, mais tout le monde le craint sans pour autant lui porter de crédit. De ce côté-là, Aglaïa Ivanovna n’est pas la dernière. Son mariage avec Mychkine, que l’on pressent inévitable dès le début du roman, sera la pierre d’achoppement de ce récit. C’est certain. Mais on se méfie du Prince et de son esprit malade. Ses premiers pas dans le grand monde sont un échec retentissant. Il sait qu’il ne doit pas parler et pourtant il parle. Plus il parle, plus il s’enfonce. Plus sa maladie ressurgit. Une syncope en sera l’aboutissement. Et si le Prince est malade, il est loin d’être le seul. Les êtres sains d’esprit sont peu nombreux et sont là pour souffrir. Véra Lebedeva en tête, elle qui œuvre pour le bien de tous.

Les conclusions de ce roman seront dans l’évolution de toute l’œuvre de Dostoïevski. À la fois surprenantes et logiques ! Ici, les médecins de l’âme sont aux abonnés absents, en Suisse. La rédemption, si elle passe par le sacrifice, est au cœur de la trame. Les êtres se torturent eux-mêmes pour mieux se mettre à nu. Chacun se reconnaîtra dans l’un ou dans l’autre de ces personnages.

En guise de troisième volume, André Markowicz nous propose les cahiers de Dostoïevski qui ont préparé cette immense fresque humaine. Cela permet de mieux cerner la pensée évolutive de l’auteur. Le lecteur sera surpris de ne pas y retrouver, ou si peu, de narration. Tout est stylistique et assez éloigné du roman. Ce qui est normal vu que l’idée originelle ne plaisait pas à Dostoïevski et qu’il a fini par disséminer ses idées entre L’Idiot et L’Éternel mari. André Markowicz regrette - et il n’est pas le seul ! - qu’un mécène ne prenne à sa charge les frais de fabrication d’un livre, véritable objet d’étude, mettant en parallèle les photos des véritables cahiers de Dostoïevski, les retranscriptions de ces mêmes cahiers en russe et leurs traductions en français. Ce serait alors un véritable plaisir des yeux et un vrai support de travail.



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Julien Védrenne, le 31 août 2005 - article1837.html

Fédor Dostoïevski, L’Idiot (Traduction d’André Markowicz), Actes Sud coll. "Babel" en 2 volumes (vol. 71 & 72), août 1993, 530 & 490 p. - 20,00 € les 2 vol.

Fédor Dostoïevski, L’Idiot - Roman préparatoire (Traduction d’André Markowicz), Actes Sud coll. "Babel" (vol. 73), août 1993, 155 p. - 8,00 €.

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