"Tout ce que j’entreprends ne réussit pas" : c’est ainsi qu’Isaac Asimov, l’un des plus populaires auteurs américains de science-fiction, introduit Au prix du papyrus, première nouvelle du recueil du même nom. L’idée de ce bref récit : la création du monde aurait été réduite de quinze milliards d’années à six jours en raison du prix du papyrus nécessaire à sa rédaction. Asimov a abandonné l’écriture de cette nouvelle au bout de deux pages, mais a néanmoins jugé nécessaire de la publier...
Textes refusés ou bâclés, projets avortés : l’ensemble du recueil se trouve dans le même ton. Le génialissime auteur des cycles Fondation et des Robots - qui a récemment inspiré le film I, Robot, avec Will Smith - n’est malheureusement que l’ombre de lui-même dans Au prix du papyrus. Le très (trop ?) prolifique Isaac Asimov, qui a en tout écrit plus de 500 livres, dont des ouvrages de vulgarisation scientifique et quelques romans policiers, se sauve cependant du naufrage intégral grâce à deux nouvelles.
Dans l’une d’elles, intitulée "Crédible", Roger Toomey, professeur de physique, découvre un jour qu’il possède le pouvoir de léviter. Bien entendu, lorsqu’il en fait part à son épouse ainsi qu’à ses collègues chercheurs de l’université, on lui conseille d’aller consulter un psychiatre sans perdre une minute. Cantonnés dans leurs certitudes, même les plus brillants scientifiques refusent de croire ce qu’ils peuvent pourtant constater. Roger Toomey, dont la faculté de léviter risque de le détruire s’il l’affiche au grand jour, devra donc trouver une voie détournée pour leur faire admettre la vérité...
Dans l’autre, De peur de se souvenir, John Heath se désespère d’être un homme tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Travaillant dans une entreprise pharmaceutique, il sait que ses capacités intellectuelles ne lui permettront jamais d’accéder à des postes élevés. Jusqu’au jour où des scientifiques lui proposent de servir de cobaye en testant une substance permettant de développer sa mémoire quasiment à l’infini. Conscient du risque, il accepte. L’expérience marche, bien au-delà des espérances des scientifiques. En quelques semaines, John Heath a, grâce à ses nouvelles capacités, pris le pouvoir de manière tyrannique dans son entreprise, délaissant au passage sa femme, et se réfugie désormais dans d’inquiétantes idées de grandeur...
En dépit de quelques bons passages, Au prix du papyrus, dont la plupart des neuf nouvelles sont à oublier très vite, demeure un recueil très médiocre bien que signé par celui dont on peut difficilement contester le titre de maître de la science-fiction, disparu en 1992. Le genre d’ouvrage à réserver uniquement aux fans inconditionnels d’Isaac Asimov, histoire de se convaincre, si besoin, qu’il n’était qu’un être humain, et non un robot...
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