http://www.lelitteraire.com
l'Actu des livres
 Contacter
 François Xavier
Ses derniers articles :
Eugène Carrière - Catalogue raisonné de l’œuvre peint
Sublime Venise vue du ciel !
Les années 1930 & la fabrique de l’Homme nouveau
L’invention de la ville occidentale
Gibran et la refondation littéraire arabe
Y aura-t-il pour de vrai un matin
La tête en friche - Rentrée 2008
Mystère et mélancolie de la poupée
Le geste de Lacan - chronique des années 1970
Gottfried Salzmann
Entretiens sur la poésie
Le scandale McEnroe - Rentrée 2006
Franchir le Rubicon - Le déclin de l’Empire américain à la fin de l’âge du pétrole
Le nez de Rembrandt - Rentrée 2006
Egoïste, infime - Rentrée 2006
Sindbad le marin
Fragments d’Angola
Le Grand Soir - Rentrée 2006
Le cœur sacré - Un atlas chirurgical du corps humain
Journal d’Hirondelle - Rentrée 2006
  
3317 articles en ligne


Inclassables
afficher une version imprimable de cet article Imprimer cet article

Rentrée 2005

Trois en Un

Il est impossible de tout comprendre. De tout entendre. Voire de s’entendre dans le maelström religieux et la cacophonie ambiante des "prêcheurs préchiprecha"... Le dogme est brandi comme l’étendard de la vertu par ceux-là mêmes qui la troussent sans vergogne dans les pièces sans fenêtre où elle est enfermée depuis les siècles des siècles. L’homme s’est lui-même mutilé dans sa chair et dans son cœur car il n’est pas un animal raisonnable, comme nous le rappelait déjà Vercors il y a quelques années... Alors, si Abraham croise au large, sur le pont d’un transatlantique, vieillard polygame sans peur, de nouveau parmi nous, que verra-t-il de l’humanité, lui qui est à la source même de tous nos maux ? Comment interprétera-t-il l’héritage qu’il nous a laissé ? Mais existe-t-il réellement, ce brave homme ?
Si Abraham a une chance d’avoir une quelconque existence c’est précisément dans l’histoire qu’on s’en fait, nous assène d’entrée de lecture Frédéric Boyer. Ne nous leurrons pas ! Les trois religions qui découlèrent du destin de cet homme-là sont entièrement subjectives et écrites par des hommes pour des hommes. Il n’y a rien de divin dans les Écritures, si ce n’est l’extraordinaire imaginaire des nombreux copistes qui, au fil des siècles, traduisirent et complétèrent à leur goût, le texte sacré. Légendes, fables et contes devinrent ainsi un mythe. Et permirent aux hommes de s’entretuer en son nom en toute quiétude. Dieu aura pitié.

Il n’y a pas d’élu, qu’il soit homme ou peuple. Il n’y a que des hommes perdus qui tentent de ne pas devenir fous. De dompter le destin qui leur file entre les doigts comme une poignée de sable. Quelle que soit la terre du monde où nous allons il y a déjà du monde sur cette terre, déjà du monde où nous débarquons un beau soir. Et tout le monde fait semblant de croire c’est chez moi, semblant de croire c’est vide. Exit donc les concepts sulfureux de terre promise et d’exode imposés par la Loi. Car de Loi il n’y en a pas. Il n’y a que des hommes de bonne volonté... et des salopards. Reste à savoir dans quel camp l’on se trouve. Si l’on veut vivre en bonne intelligence avec ses contemporains et partager les richesses de la terre, ou s’enfermer dans le carcan de la xénophobie et haïr tout ce qui n’est pas comme soi. Métissage ou pureté de la race. On l’aura compris, Frédéric Boyer penche, tout comme nous, vers la première idée.

Abraham trahi, alors ? Sans aucune doute, puisqu’il a toujours pensé que le contraire de la nécessité n’était pas le hasard, mais la liberté. Vivre libres et égaux, voilà le seul but que l’humanité doit s’imposer pour combattre les marchands du temple et les bonimenteurs. Il faut croire aux plumes de paon, aux aboiements du chien devant la ville, aux fleurs multicolores. Croire à la nature, à l’essence de l’homme libéré de ses chaînes. Car chaque être humain est comme une poignée de fous chantants, de fous joyeux qui ne demandent qu’à être heureux et non asservis au Système. À la politique des quotas. Aux frontières. Abraham croit que le pouls du monde c’est l’afflux des immigrants. Que non rien de tout cela n’est à nous. Anarchiste, alors, le vieil Abraham, revenu parmi les vivants pour dénoncer l’érosion des mondes ? Sans doute. Car l’instinct de propriété n’est pas le langage du partage. Utopique maxime d’un homme seul, accompagné d’une très jeune femme, mais contre-feu magnifique pour faire barrage aux thèses protectionnistes de nos politiciens.
Car Abraham, finalement, c’est nous. C’est un peu de nous, tous autant que nous sommes, nous avons Abraham en nous, et devons lui laisser le champ libre. Car, n’en déplaise à certains, il n’y a pas de grandes espérances, monsieur Dickens, il n’y a qu’un jeu de dés qui attribue à chacun une place selon une insolente combinaison mathématique qui n’offre pas à tous les mêmes chances.

Vous pouvez aussi lire les 17 premières pages du livre, pour vous donner une idée de ce style limpide et lyrique qui dépeint si bien la mise en perspective de ce destin désincarné. Politique et mystique, sensuel voire trivial, le périple de cet homme qui est tous les hommes et tout le monde en lui-même cristallisé, devient une épopée romanesque puisque le devenir de l’humanité n’est pas de se figer dans un seul postulat, mais bien de se transformer, de s’ébattre, de s’émouvoir. De toujours tout remettre en question pour fuir le sens commun et tenter d’échapper au destin.



Il y a 4455 signes dans cet article.
François Xavier, le 13 septembre 2005 - article1807.html
Frédéric Boyer, Abraham remix, P.O.L, 2005, 223 p. - 17,00 €.
©2004 LELITTERAIRE.COM. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (texte, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par lelitteraire.com. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de La Rédaction.

Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)


afficher une version imprimable de cet article Imprimer cet article
générer une version PDF de cet article Version PDF



6ème salon de l’édition indépendante
Un prix pour Palestine...
Cinq premiers romans à découvrir...
 
http://www.lelitteraire.com
Les articles les plus consultés
 Recherchehttp://www.lelitteraire.com
ARCHIVES

Romans | Nouvelles | On en parle | Pôle noir | SF | Essais/documents | Inclassables | Poésie | Poches |
On aime ! | On jette ! | DVD | Théâtre | Les érotiques | Événements | Entretiens | Dossiers | BD |
Jeunesse | Manga | Beaux livres | Arts croisés | Le littéraire TV |

Copyright © 2004-2007 lelitteraire.com - Tous droits réservés - Site optimisé 1024x768 - IE 5x et +

Rédaction
Contacts
Mentions Légales