Subjuguant !
Voici un bel exemple qui balaye d’un souffle frais les Cassandre qui n’arrêtent pas de nous dire que la France prend l’eau. Et que le monde du livre se meurt. Bien au contraire, si l’on veut y regarder de plus près l’on découvrira que le talent d’entreprendre n’est pas une exclusivité anglo-saxonne. La preuve : les Presses-Solar-Belfond, par l’entremise de leur nouvelle filiale, Fitway, viennent de lancer six nouvelles collections de "beaux-livres" tirés à 30 000 exemplaires dans 25 pays. Simultanément. Aux manettes de ce projet fou, Léon Mazella, cet ancien critique littéraire (presse écrite et audiovisuelle), auteur lui-même, originaire du Sud-Ouest, a eu l’idée de donner un coup de neuf dans le concept du livre. De l’approche originale à la réalisation : des sujets tendances qui s’adressent à un public urbain, branché, désireux de se faire plaisir avec des produits culturels de qualité ; un support original qui allie la technologie (couverture animée, couverture en relief ou découpée selon un motif ...), l’extrême qualité du papier, des photos et dessins, des couleurs ... bref, tout un ensemble de détails trop souvent oubliés et qui ont eu tendance, ces temps-ci, à rapprocher le livre d’un paquet de lessive. Sans doute est-ce aussi à cause de cela qu’on le vend comme tel, avec bandeau rouge et nom en avant, sans tenir compte de ce qu’il y a à l’intérieur. Chez Fitway, c’est aussi - et surtout - à l’intérieur que cela se passe. Et cela se voit. Outre l’attrait pour la manière innovante avec laquelle les sujets sont abordés, le plaisir vient d’emblée à la première page tournée. Le grain des images, le glacé du papier, la parfaite mise en page, la typographie irréprochable, l’absence totale de coquilles ... Il est de certains éditeurs de livres d’art à bas prix qui devraient en prendre de la graine. L’on peut réaliser des livres parfaits à des prix modiques !
Pour débuter notre inventaire à la Prévert (viendront d’ici quelques jours un ouvrage sur les cabanes, puis une bio d’Hemingway et un livre sur les dessous féminins), j’ai jeté mon dévolu sur un livre objet écrit par Dominique Ayral, jeune femme au style décalé et à l’érudition faste et ... coquine. Je sais, c’est banal, mais comme l’immense majorité des hommes, j’adore les seins. Je ne peux pas m’empêcher de regarder lorsque j’en vois sur la plages, ou les devine sous un chemisier transparent ... Alors, pensez donc, face à un tel livre, j’ai fondu littéralement comme votre glace à l’italienne vous coule entre les doigts sur la page ensoleillée. Ici point de ciel bleu mais l’irradiation provient d’un petit livre admirable, au format allongé, qui dépeint l’aventure des seins dans un florilège de plus de 50 photos, servis par un texte d’une rare intelligence.
Erotiques, seins bleu (L’Aubade, de Picasso), commencements, scandale, enchantement, mère, sensualité, mis à nu, émancipation, sexuel, fantasmes, brûlant désir, tétons, provocation, par deux, topless, nichons, nourriciers, amazones, pigeonnants, aréoles, excitation, humanité ... la liste serait trop longue de tout ce que la simple évocation du mot sein peut évoquer dans notre esprit. Seins sans rien, seins blancs, seins noirs (ah, la peau douce ébène des femmes noires ...), seins halés, seins huilés, seins mouillés, seins tatoués, seins clippés, seins empaquetés, transparents à la Christo, seins à la confiture, seins body-art ... tous nus comme des vers. Que voici de doux songes érotiques ... Paisibles et envoûtants ... Rémanence de nos premiers plaisirs de nourrissons, lorsque nous tétions à volonté le sein maternel. Œdipe inconsciemment reconduit dans l’érotisme affiché des seins de l’amante. Son double sein versait dans les immensités / Le pur ruissellement de la vie infinie (Arthur Rimbaud, Soleil et Chair).
Le sein, objet si animé d’une sensualité imprégnant notre vie quotidienne, est parfois ravalé au rang du fait divers. En particulier dans un pays qui marche sur la tête, où les lycéens se tuent au M16 tandis que CBS doit payer 550 000 dollars car elle a diffusé la mise à nu du sein de Janet Jackson à une heure de grande écoute : pendant un match de foot. On tremblerait alors pour Canal Plus qui a montré le sein de Sophie Marceau jaillissant sur les marches de Cannes, à une heure tout aussi suivie par un large public. Mais ce sein-là est culturel, dans un pays où l’on sait encore jouir sans se cacher, même d’un regard volontaire sur cette gorge innocemment offerte aux caméras du monde entier. Et qui tourne désormais en boucle sur le web ...
Galerie de photos noir & blanc alternant avec la couleur, petites notes d’histoire et clins d’œil à la vie, du regard au toucher, des peepshow sordides aux bonnes manières de Gabrielle d’Estrées et de la duchesse de Villars qui se pinçaient pudiquement le téton en prenant leur bain, quand d’autres les sucent, les secouent, les branlent devant l’œil brûlant du client tapis derrière sa vitre sans tain...
Un livre indispensable à lire et relire, en alternance avec La Mer des mamelles d’Alain Ferry (Seuil, 1995, coll Fictions & Cie). Deux livres indispensables pour tout homme digne, amoureux des poitrines féminines : le sein littéraire et le sein pictural enfin réunis.
Pour les inconditionnels, un site jubilatoire (et qui n’est pas pornographique) vous invite à partager la vie des seins de France et de Navarre ...
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| Dominique Ayral, Seins, coll. Livres Objets, couverture rigide et animée, 220 x 115 mm, Fitway, 2005, 64 p. - 15,00 €. |
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