Orion est un enfant psychotique, qui se sent poursuivi par les "démons de Paris" et qui a des crises de delirium parfois si aiguës qu’il se fait évincer de chaque institution.
Véronique, psychologue-écrivain, va l’avoir comme patient lors d’une thérapie longue et sinueuse où, par le biais d’une initiation à l’art et à la parole, vont s’ouvrir à lui des portes insoupçonnées.
Le livre est consensuel, entendu, sans substance. On attend plus de cet "enfant bleu" issu de l’imaginaire d’Orion et qui le protège de sa propre violence. La relation qu’on pense vacillante entre Véronique et son compagnon peintre se révèle plate et sans surprise. Les personnages, même s’ils sont, en apparence, sans cesse décortiqués, ne transparaissent pas, on ne les imagine pas respirer, être vivants.
Si l’histoire se tient, l’émotion ne nous atteint pas car il y a un coté inabouti qui dérange. Le livre est trop peu habité par l’auteur, on le sent distancié ; il raconte son histoire comme un fait divers.
Les thèmes - folie, art, psychanalyse - se prêtent pourtant aux élucubrations, aux épanchements... or ce roman tel qu’il est servi n’en offre guère. L’histoire est On aime cependant les dictées que fait Orion à chaque rendez-vous avec Véronique ; la parole se libère, devient moins empruntée et c’est vraiment à travers la voix d’Orion que l’auteur touche le plus. Lors de ces dictées, Orion déverse pêle-mêle ses angoisses, ses coups de cœur et révèle un monde insoupçonné, quasi mystique, qu’il évoque aussi dans ses peintures. On aime aussi la patience et la persévérance avec laquelle Véronique s’implique dans un traitement qui ne présente, au départ, aucune garantie.
Malheureusement, l’histoire qui traite pourtant de la folie et de ceux qui en souffrent - le peuple du désastre - est racontée sans que jamais elle sorte des garde-fous ; longue mais linéaire, elle est délivrée comme un bloc de granit compact et on saisit mal la supposée pertinence de la division en vingt-huit chapitres.
En fermant le livre - qui comme on s’y attend a une fin heureuse et convenue - c’est la déception qui domine, surtout parce que Henry Bauchau nous avait habitués à mieux...
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