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Théâtre
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© Bellamy / Festival d’Avignon
I
bou est en Europe, il doit ramener le médecin au pays, quelque part en Afrique, où Rokhaya se meurt doucement. Au loin infiniment l’un de l’autre, ils se parlent, ils se racontent et s’appellent, comme seul avec l’être aimé on peut continuer à parler par-delà frontières, mers, mondes et douleurs.

Au désir qui continue de travailler Rokhaya, désir d’être femme toujours, malgré la maladie, la solitude et la compassion des autres - femme mère, femme désirable, femme laborieuse, femme possédée - répond le brûlant désir d’Ibou, et son espoir pour Rokhaya, tous deux infiniment seuls, infiniment tendres, survivants à toutes les malveillances et bienveillances bizarres qui les entourent - fondées sur la différence de celle qui meurt, celui qui est noir... - dans ces deux mondes également moqués, rapprochés, de l’Europe et de l’Afrique, deux mondes également incapables de répondre à la langue du désir, de l’amour.

Au-delà d’un monde-poubelle magnifiquement mis en scène par un décor onirique - mêlant fruits, nuit et ordures - Rokhaya rêve son désir, danse son désir, et Ibou rit de ce monde - Paris, le racisme qui s’ignore, les médecins qui ne savent entendre la voix douloureuse de la maladie - sur lequel il porte un regard naïf et tendre, décapant... Et tous deux planent dans un beau conte contemporain, de poésie, de désir cru et nu.

Beaucoup de tendresse et de grands rires, servis par un jeu juste, intensément, rendant d’autant plus intense la fin atroce, dans un mise en scène radieuse.

Un vrai beau conte.



Il y a 1564 signes dans cet article.
Samuel Vigier, le 22 juillet 2005 - article1771.html

Fabrice Melquiot, Je peindrai des étoiles filantes et mon tableau n’aura pas le temps
Mise en scène de Michel Belletante, assisté de Isabelle Sidoit.

A Avignon, Présence Pasteur, jusqu’au 24 juillet à 21h45.

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