Le livre brûle les doigts, la parole qui s’en libère est comme absoute de toute convention, délivrée de tout a priori. Le roman va au plus pur de la littérature, au plus près du vrai lorsqu’il cesse d’être distraction et plaisir, quand il saisit à la gorge le lecteur et le cloue sur place, lui et sa vie toute entière. Le lecteur ne possède alors plus aucun contrôle sur son rapport au texte, c’est le livre qui le possède. C’est un peu l’effet que produit Adoremus...
Les phrases sont objets de culte, les mots révèlent des parties insoupçonnées de soi, chaque page réveille comme un électrochoc. C’est un livre choc, détonateur.
Un dialogue épistolaire ininterrompu entre elle et lui, deux amants tombés des étoiles qui emmènent bien loin aux confins de leur amour, loin de ces miasmes morbides. On est suspendus à cette avalanche d’amour, à ce récit d’une passion vécue de l’intérieur qui n’a plus aucune frontière, qui vient jusqu’à nous et nous interpelle.
On peut lire ce texte comme une prose lumineuse et limpide où les amants se racontent et rappellent sans cesse leur besoin et l’évidence d’être l’un à l’autre. Mais plus qu’une prose, une véritable intrigue se tisse, leur violent désir accapare, on les perçoit sur le fil, en proie à d’étranges maux et d’indicibles joies, on s’étonne qu’ils en demeurent vivants, on a peur, à chaque bruissement de page, qu’ils s’évaporent.
Le ton est romantique sans être eau-de-rose, érotique et charnel sans être jamais vulgaire, introspectif mais pas hermétique. L’auteur déjoue tous les pièges du délire amoureux couché sur papier et qui ne parlerait qu’aux intéressés. Chaque page fait basculer dans un univers violent, passionnel, serti d’un équilibre fragile et d’une dynamique tumultueuse où siège un amour foudroyant qui ne peut laisser aucun amoureux de l’amour indifférent.
Et pour un avant goût de l’aventure :
Tu étais tellement autre, tellement différent de tous ces assis, couchés, primés, assimilables et adaptés que j’avais été contrainte de me farcir jusqu’alors, tous ces repus, rancis, tous ces racornis de l’âme, amputés d’horizon, martyrs de la cause Conformisme, tu incarnais tellement l’autre bord, le sans bord, l’orage désiré, le funambule de toutes les marges, l’acrobate sur la corde raide, auprès de toi soufflait un grand vent salubre et j’entrevoyais enfin une aire respiratoire, l’ailleurs, la vraie vie prodiguement, dispendieusement accordée.
Aussitôt le livre terminé, on a déjà envie de le relire parce que décidément, la littérature -celle qu’on aime, la vraie, pas le mauvais cru qui s’achète parce que formaté et sans âme - offre parfois de tels condensés d’émotions, de tels foudroiements d’esprits et ravissements des sens que la réalité paraît après bien fade, bien moins vivante qu’au détour d’une page...
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