Pour une présentation de l’ensemble du "dossier Dostoïevski" dont cet article constitue le vingt et unième volet, lire notre article d’introduction, où figure la liste des oeuvres chroniquées.
Les Carnets du sous-sol (Zapiski iz podpolia en russe) est le vingt et unième des récits de Fédor Dostoïevski, datant de 1864. C’est un court roman de cent soixante-sept pages, accompagné d’un avertissement de l’auteur sur un homme qui est « le représentant d’une génération en survie » et d’une lecture en guise de postface de Francis Marmande, à la couverture illustrée d’un détail du Monomane du vol (exposé à Gand, sans date) de l’artiste français Jean-Louis-Théodore Géricault (1791-1824).
Les Carnets du sous-sol se répartissent en deux partie : Le Sous-sol et Sous la neige mouillée. La première commence par ces quelques mots très forts : « Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant ». Le narrateur qui est, à son niveau, une étude de Rodion Romanytch Raskolnikov - le héros de Crime et Châtiment - se cache derrière une méchanceté sans fin. Profondément humaniste il ne peut accepter ses élans de générosité. Dans sa quête de dévalorisation, il ne peut concevoir que l’on puisse développer une relation purement amicale envers lui. Derrière ses actes gratuits, il n’y voit que des actions tendancieuses pour une obscure raison calculatrice. Enfermé dans son sous-sol, il canalise sa haine en rédigeant ses carnets où il déverse toute sa bile contre l’espèce humaine.
Après ce qui s’apparente à un long monologue, le texte atteint son apogée avec Sous la neige mouillée au départ du dénommé Zverkov de Saint-Pétersbourg à qui tout réussi. Succès de carrière et amoureux. L’envie prend alors notre narrateur de déchoir Zverkov de son piédestal. Le résultat sera tout autre. L’humiliation, l’ivresse suscitée par la vodka, seront pour lui. Il partira alors, enfin, à la recherche d’une amitié qu’il ne trouvera pas. Par esprit de revanche, cet homme, qui se croit supérieur aux autres, se rabattra sur la pauvre Lisa. Il voudra lui faire payer ses nombreux affronts. Alors qu’il en est amoureux mais qu’il ne veut se l’avouer, notre narrateur, après une séduction réussie par des discours flamboyants et touchants, déversera tout un flot d’immondices à la face de l’infortunée Lisa détruisant un futur qui s’annonçait sous les meilleurs auspices.
Denis Marmande met parfaitement en avant ce qu’est, dans l’œuvre de Dostoïevski, la « transformation de ses convictions ». Comment on peut employer une vie à l’expression de sa douleur pour finir ensuite à « une extravagante reconnaissance finale ». Mais chez Dostoïevski, si tout peut bien finir, ce n’est pas sans heurts. La rédemption est là. Mais il y a trop de bris pour bien s’en sortir. C’est exactement ce qui se passe dans Sous la neige mouillée. Le narrateur, comme dit précédemment, est une parfaite esquisse de Raskolnikov. Une étude d’un personnage chez qui le doute est omniprésent. Qui ne peut comprendre les autres vu le conflit qui est le sien. Qui plus est, qui est convaincu de sa supériorité et de la certitude qu’il a en son destin d’exception. S’il n’agit que très peu dans Les Carnets du sous-sol, il franchira le pas dans Crime et Châtiment. Pour mieux se rendre compte de son erreur.
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| Fédor Dostoïevski, Les Carnets du sous-sol (Traduction d’André Markowicz), Actes Sud coll. "Babel" (vol. 40), février 1993, 182 p. - 6,00 €. |
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