Pourquoi ne pas s’attarder un instant sur la curieuse mode des cercles éditoriaux qui consiste à accorder talent et génie aux oeuvres de jeunesse d’auteurs n’ayant été consacrés rois de la plume que postérieurement à celles-ci ? Si Katherine Neville est en effet la romanciere efficace qui a produit Le Huit vanté dans les colonnes du Littéraire, fallait-il donc à tout prix que Le Cherche-Midi allât jusqu’à exhiber, comme l’on retire de vieux os d’un linceul décati à fin d’expertises, le premier roman qu’elle eut, pour notre plus grand désarroi, l’impudence de commettre en son jeune temps ?
L’ironie du sort - qui est aussi souvent celle de l’Histoire - veut que ledit ouvrage porte, tel le critique littéraire sa croix face à un tel tissu d’inepties, un titre des plus maladroits : "Un risque calculé". Hic Rhodus hic saltus, autant signifier de suite que le risque est surtout éditorial pour Le Cherche-Midi qu’on a connu plus avisé tant ce roman est mauvais, bancal et ni fait ni à faire. Mais prenons les choses depuis leur funeste début, et gagnons ici le coeur haut le maigre salaire qu’on nous verse afin d’ici nous répandre.
L’héroïne de ce pensum pseudo-romanesque, Verity Banks, est vice-présidente en charge des transferts informatiques de fonds à la Banque mondiale. Souhaitant contrecarrer les mâles obstacles jetés sur son emblématique chemin par ses immondes collègues de bureaux (pléonasme ?), elle se met en tête de prouver à sa direction que la sécurité informatique de l’établissement est faillible et s’apprête pour cela - Ô fétide crachat au colombéen visage de cette prestigieuse et respectée institution financière - à détourner un million de dollars au nez et à la barbe des ces méchants machos. Pour ce faire, elle doit en appeler de nouveau à son ex-mentor, le docteur Zoltan Tor, un séduisant génie de l’informatique qui, vingt ans plus tôt, lui a tout enseigné. Celui-ci lui propose alors un défi : détourner un milliard de dollars, l’investir durant trois mois, et le remettre à sa place sans que personne ne découvre la substitution.
Jusque-là tout va bien, et le dossier de presse est tout à fait fidéle au contenu du roman. Évidemment les choses ne sont pas aussi simples et ce petit jeu vire bientôt au drame lorsque les deux complices découvrent l’existence d’un "complot machiavélique". C’est là que le bât blesse parce que la mise en parallèle de l’histoire de Verity Banks - qui arrive tout de même à boire du jus d’orange sous la douche (sic) - et celle de Nathan Rothschild - lequel eut la bonne idée de jeter les fondations de la banque moderne entre 1777 et 1836, dans une Europe ravagée par les guerres - ne tient pas la route. Le découpage des séquences est des plus artificiels, l’ensemble sent le pétard mouillé. La galerie des personnages autour de Verity ? ennuyeuse à mourir ; la rocambolesque relation cousue de fil blanc cupidonnien entre Tor et Banks : franchement débile. Les pages se suivent et las ! se ressemblent, tout cela est téléphoné : brisons-là, on n’en peut mais.
Preuve en est qu’on peut être l’auteure de romans tout à fait satisfaisants dans leur genre (Le Huit et Le Cercle Magique), et de bouses abysslaes tant la maîtrise stylistique et le sens du rythme y sont absents. Ce premier roman fut écrit, nous dit-on, lorsque Neville occupait, à San Francisco, le poste de vice-présidente de la Bank of America.
La morale de l’histoire est alors assez claire : entre la banque ou l’écriture, il faut choisir.
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