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On jette !
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Si 1996 faisait date avec le premier opus de la désormais célèbre série du Poulpe entamée aux éditions Baleine, 2005 signe l’enterrement et la destruction du héros créé par JBP (entendez par là Jean-Bernard Pouy). Du Poulpe, il ne reste rien. Plus rien. Le Seuil et Hubert Michel se sont alliés pour détruire celui qui avait été une icône pour toute une génération dont je suis fier de faire partie.

Au début, il y eu un premier jet avec, donc, La Petite écuyère a cafté de JBP. C’était le début d’une (trop ?) longue aventure. Beaucoup parmi les plus grands auteurs de polars - Didier Daeninckx, Pascal Dessaint, Hervé Prudhon... - les auteurs tout court - Hervé Le Tellier, Martin Winckler... - ou de parfaits inconnus allaient s’attaquer à un épisode de la série. Pour ce faire, et leur éviter la lecture de l’intégralité de cette œuvre atypique, JBP avait constitué une "bible".

Une bible recense les différents éléments fondateurs d’un feuilleton ou d’une série. Ici en l’occurence les personnages que Le Poulpe côtoie (son amie Chéryl, son fournisseur d’armes officiel, Pedro...) et un "décor" immuable : un fait divers, un journal qui traîne à la Sainte-Scolasse relatant ce fait divers. Un Poulpe qui s’énerve et qui part en campagne. Et plein d’autres éléments. Le tout a donné plus de cent volets. Certains passionnants. D’autres moins mais, jamais, le charme n’a été rompu. Les repères étaient là et le lecteur ne se perdait dans aucun des titres, tous aussi atypiques les uns que les autres.

Un jour, Baleine a mis la clé sous la porte. JBP s’en est allé. Le Seuil est resté maître d’un bateau sans capitaine. Las, au lieu de couler, ledit bateau continue sa route. Depuis la fin de Baleine, quatre "Poulpe" sont parus de façon chaotique. De la bible, il ne reste plus rien depuis ce temps-là. Des personnages sont morts. D’autres sont partis. Pire, avec Hubert Michel, les limites du respect ont été franchies. Non content de tuer, au sens figuré, Le Poulpe en lui assénant une vérité nulle et ridicule - Tu es fictif, Gabriel, considère-le. Tu es un mirage, une illusion, une chimère. - et en s’octroyant une (ir)responsabilité qui ne peut aucunement lui échoir (Je t’aime bien, je t’assure, mais il faut passer à autre chose. C’est ainsi. C’est moi qui décide.), non content, donc, de tous ces méfaits, Hubert Michel en commet un, ultime, avec une psychologie d’opérette à la mord-moi-le-nœud que sûrement lui seul pouvait oser étaler publiquement. Il tue le père. Oui, vous avez bien lu. Il tue Jean-Bernard Pouy himself de deux balles dans le coffre après lui avoir fait tenir un discours que JBP lui-même serait le dernier à tenir.

Alors voilà, on peut quand même remercier Hubert Michel pour une chose. Le texte est court. 152 pages. Il aurait pu faire bien pire avec son talent - reconnaissons-le - destructeur. M. Michel, avec un petit effort, vous auriez pu tuer tout le monde d’une petite bombe à la Sainte-Scolasse. Au Paradis, les Cheryl et autres Gérard. Meuh non. Vous n’avez pas osé. Un oubli ? Je gage que oui.

Mais intéressons-nous au fond de votre roman, puisque romancier vous êtes. Ce n’est pas un grand roman mais il y a des choses intéressantes (un semblant de trame sur une enquête suivie plus ou moins mais inaboutie sur un réseau de snuff movies du côté d’Albuquerque avec un tueur aux basques du Poulpe). Soyons franc, ça aurait même pu faire un petit roman sympathique mais sûrement pas un Poulpe. D’ailleurs, pendant plus de cent pages, il ne s’agit nullement, il faut bien le reconnaître, d’un Poulpe. Certains éléments de cette bible, que vous avez quand même bien dû avoir entre vos mains, sont rajoutés grossièrement. Puis vingt pages où l’on retrouve vraiment le Poulpe. Ont-elles été écrites a posteriori pour ce qui devait être, à l’origine, un petit roman sans prétention mais auquel vous croyiez ? Ce serait vraisemblable. Enfin, trente pages nullissimes au possible où vous achevez votre destruction.

Vous n’êtes évidemment pas le seul responsable, M. Hubert Michel. Le Seuil est le premier coupable. Vous auriez, néanmoins, pu avoir la décence de respecter quelques personnes. Oh, pas beaucoup. 130 auteurs et des brouettes. Une équipe éditoriale, la première et sûrement la seule au vu de la qualité du livre (des coquilles, des coquilles, des répétitions, des répétitions, des incohérences, des incohérences). Des milliers de lecteurs. Un homme, un modeste écrivain comme vous l’écrivez, Jean-Bernard Pouy.

Un petit mot sur l’objet-livre. Hormis son format et l’illustration de Myles Hyman rien n’est, là non plus, respecté. Le Poulpe a disparu de la première de couverture. La police n’est plus tout à fait la même, dans un corps différent. Tout ça pour quoi ? On devine que si Le Poulpe n’a plus droit de présence en couverture c’est pour ne pas faire redondance avec le titre Poulpe fiction. Diable, la belle affaire. Il aurait été intéressant de mettre "Michel" ou "Hubert" dans le titre. Vous auriez été obligé, Monsieur Le Seuil, de retirer de cette couverture le nom même de l’auteur. Ç’aurait été d’une gageure... Faites-nous plaisir, Monsieur Le Seuil. Arrêtez le massacre !


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Julien Védrenne, le 4 juin 2005 - article1634.html
Hubert Michel, Poulpe fiction, Baleine coll. "Le Poulpe", vol. n° 250, juin 2005, 152 p. - 5,95 €.
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