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Les érotiques
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Voyage au paradis de la sensualité

Mmmm... L’univers des dessous féminins, comment ne pas en parler l’eau à la bouche, les yeux brillants... Le paradis sur terre pour tout homme doté d’un minimum de savoir-vivre... et pour toute femme désireuse de se retrouver face à son destin. Merci donc à Parkstone d’avoir eu la riche idée de réaliser un livre complet sur le sujet, une sorte de bible du froufrou et de la combinaison, du porte-jarretelles et du soutien-gorge, de la dentelle et du lycra... Un livre monument donc, (dé)voué à la plus belle cause que la femme puisse revendiquer : sa part de féminité. Livre de la mondialisation (mis en page au Vietnam, imprimé en Corée du Sud, mis en vente dans toute la France...), il est aussi le témoin d’une histoire, d’une aventure, celle des femmes qui, à travers leur mise, leur maintien puis leur émancipation, surent donner une leçon de courage au monde entier en se libérant du joug des hommes, et en s’imposant comme la beauté faite chair.
Car seuls les grincheux se plaignent de cette lingerie qui s’affiche toujours plus sur les affiches et dans les magazines. Seuls les pisse-froid n’osent regarder les corps sculptés de ces naïades inaccessibles sur papier glacé, car ils y voient leur frustration et s’indignent de ces femmes-objets qui s’offrent à l’autre, le mâle. Et pourtant, depuis toujours, dès la haute Antiquité, les femmes sont apparues habillées de dessous qui dissimulaient leur intimité. La lingerie n’est pas seulement l’image manifeste d’une liberté arrachée de haute lutte, mais bien un art de vivre, une manière de se voir, de se penser dans le rapport aux autres et à soi-même.

La lingerie est intrinsèquement liée à l’intimité de la femme, soit. Mais il n’en demeure pas moins que les hommes ont toujours considéré qu’elle était là dans le but ultime de les séduire. C’est un fait, mais il y a autre chose : la femme qui choisit de porter de jolis dessous agit dans une démarche altruiste mais aussi selon une volonté affichée d’égoïsme pur et sincère, voire narcissique. N’oublions jamais que le désir de plaire, la recherche de la séduction, la tenace pulsion qui consiste à vouloir se faire remarquer sans que cela ne se dévoile participe de la schizophrénie féminine aboutissant à un effacement des repères puisque d’un côté il y a cette recherche esthétique d’être la plus belle - pour soi et pour l’éventuel Autre - et cette éducation qui aspire à ce que la femme ne se fasse pas remarquer. Paradoxe.
La solution se porte donc vers l’intime. De beaux dessous permettent d’affranchir une silhouette, de laisser deviner ce qui se cache sous les vêtements, donc de gagner en aisance tout en créant le trouble et en gardant la main, puisque seule la femme restera maîtresse du jeu en décidant si oui, ou non, elle accepte de se dévoiler...

La lingerie n’est pas la mode ! C’est un état d’esprit. Une philosophie. Un authentique art de vivre, tout comme l’esthétique est une doctrine philosophique qui gagnerait à être remise au goût du jour.
Une femme peut aimer la lingerie et savoir comment soigner son corps sans regarder son âge : de 15 à 75 ans toute une chacune peut trouver son bonheur, se sentir bien dans son corps, loin des canons imposés par les courants de la mode. C’est pour cela que la lingerie doit répondre à toutes ces aspirations et convenir à chaque nature de femme, nous dit Chantal Thomass dans la préface. C’est pour cela que l’on trouve aujourd’hui toutes sortes de modèles et de couleurs dans des matières modernes qui supportent les lavages en machine, détail obligatoire pour être dans son temps. Bas et porte-jarretelles, bustiers et guêpières s’affichent dans des couleurs framboise, jaune, rouge... bien loin des noir ou blanc traditionnellement réservés à la lingerie. Quoique un ensemble blanc La Perla en dentelles restera pour moi, à jamais, la perfection du dessous féminin...

Muriel Barbier, diplômée de l’École du Louvre (et conférencière pour le musée de la Mode et du Textile) et Shazia Boucher, conservatrice du musée de la Dentelle à Calais, ont su trouver les images idoines (parmi les plus belles pièces du Musée Galliera, à Paris, pour les modèles anciens) à ce cours magistral de l’histoire universelle des dessous féminins.
Car dessous est un terme trop générique, les professionnels parlent de trois familles : la lingerie, la corsetterie et la bonnetterie. Tout un vocabulaire et un monde soyeux que l’on découvre avec ravissement en parcourant les decennies dans un récit détaillé agrémenté de dessins et de photos. Les dentelles de soie, les fils d’or et les perles font des pièces du XIXe et du début du XXe siècle de véritables petits bijoux. Ah les années 20...
Du lin des Grecs au viscose d’aujourd’hui, en passant par le coton (Louis XIV) sans oublier la corne, l’ivoire ou les fanons de baleine (XVIe siècle), la lingerie n’aura de cesse d’innover en traversant les siècles, n’hésitant pas à se proclamer objet de désir puis objet de plaisir.
Si bien qu’en 2005 il y a plus de 620 marques de lingerie dans le monde ; les chiffres d’affaire que cela génère sont astronomiques : rien que pour les USA, sur le seul vecteur de l’Internet, entre 1999 et 2000, les ventes ont doublé, passant de 2,9 billions de dollars à 5,9 billions ! En Europe, en 2003, les Françaises ont consommé 60 millions de soutiens-gorge et dépensé en moyenne 102 euros (ou 18 % de leur budget vestimentaire) pour leur lingerie. En Angleterre, le panier moyen est à 114 euros (leader en Europe) mais plutôt axé sur des articles à bas prix alors qu’en France le haut de gamme est préféré.

Livre magnifique, magnifiquement réalisé (avec un glossaire indispensable pour ne pas avoir l’air ignare lorsque l’on évoquera devant vous l’amateur, le basin, la cretonne, la futaine ou encore le mastodeton ou le vertugadin - ce dernier étant un jupon raide en cloche), livre aussi magnifiquement agrémenté de photos et d’illustrations couleurs et noir & blanc (rien ne vaut une photo de lingerie en noir & blanc !), magnifiquement incorrect et magnifiquement coquin .. Ouf ! voilà un peu d’air frais... Pour que la brèche ne se referme pas trop vite, laissez-le sur votre table de nuit, mine de rien votre femme y jettera bien un œil quand vous aurez le dos tourné...
Contenu du livre :
Préface par Chantal Thomass
Introduction
Dessous et mode

Lingerie, corsetterie et bonnetterie / Les dessous, fondements de l’évolution de la silhouette / De la Grecque à la femme moderne : que portent-elle sous leurs jupes ? / Quelles matières / Quelles couleurs ?
Dessous et société
Les circonstances de la vie / Les activités / Les moments d’une femme, les vêtements de l’intimité / C’est une question d’hygiène / Les débats contradictoires autour du pantalon féminin et du corset / Les dessous du sport
Érotisme, séduction et fétichisme
L’érotisme des dessous féminins / Des dessous de séduction aux dessous « hot » / Fétichisme et dessous féminins, des clubs privés aux podiums de défilés
Économie
La fabrication de la lingerie / Le marché actuel de la lingerie / Dessus-dessous
Conclusion
Glossaire
Les termes techniques et généraux / Les termes propres aux dessous

Bientôt le prochain Salon international de la lingerie se tiendra à Paris, du 2 au 5 février 2006.
En attendant, vous pouvez toujours aller visiter le site où de nombreux défilés vous sont proposés en vidéo...



Il y a 7427 signes dans cet article.
François Xavier, le 16 mai 2005 - article1593.html
Muriel Barbier & Shazia Boucher, Les dessous féminins, Parkstone 2005, format 26,5 x 32 cm, couverture rigide relié sous jaquette, 272 p. et 250 illustrations - 39,00 €.
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