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On jette !
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Pathétique !

Porter un regard sur sa vie est une approche personnelle qui n’a d’intérêt à être rendue publique que dans le cadre d’une démarche altruiste d’ouverture aux autres. Pour enrichir la Mémoire commune si l’on a été le témoin d’événements extraordinaires. Par contre, l’apitoiement sur son sort, l’autoflagellation, le remords... etc. n’apportent rien à être étalés aux yeux de tous. À moins de s’appeler François Mitterrand, et encore. La sphère privée exige du respect, de l’intimité. De la retenue. Frédéric Mitterrand n’en manque pas dans son récit, mais il a sans doute confondu ses initiales avec celles de son célèbre parent. Tout comme Mazarine, qui n’aurait jamais fait parler d’elle sans être "la fille de". Ses livres sont mièvres, ses interventions télévisées déplacées, et les uns comme les autres inutiles au paysage littéraire. De même que ce livre de Frédéric Mitterrand, qui aurait dû s’abstenir de le commettre.

Livre ne veut pas dire obligatoirement objet littéraire. Ici, la texture de la prose relève davantage des mémoires, des aveux... voire d’un exorcisme, comme son auteur l’a avoué lui-même sur les ondes de France Inter. Dans cet ouvrage, l’acte écrit n’est pas transfiguré par la magie de la narration. Il y a du désespoir, de la peur, un certain désarroi qui transpire entre les lignes et les chapitres. Il y a de l’amertume, de la négation et une manifeste désinvolture qui ne parvient pas à cacher l’angoisse sournoise qui vrille l’âme et le cœur de Frédéric Mitterrand. Écrire lui permet-il de restaurer le lien défait avec sa mère ? Un personnel de maison trop présent entre elle et lui a rendu le petit garçon nostalgique d’une autre enfance. Revenir dans le ventre de sa mère est un fantasme qui peut hanter l’homme qui écrit mais qui ne doit pas enfermer le sujet dans une ambivalence dont témoignent certains chapitres. On n’ose évoquer, d’autre part, la perversité du personnage central qui se perd dans les bouges de Thaïlande. L’irresponsable attitude de cet Occidental qui s’émeut du marchandage des corps comme une oie blanche alors qu’il consomme jusqu’à plus soif... Quel gâchis, quelle déception !...

Amoureux de l’univers qu’il a su créer au fil de ses films, de ses documentaires, des émissions culturelles qu’il anime sur TV5 avec brio, je m’attendais au miracle en ouvrant ce volumineux objet blanc ceint du traditionnel bandeau figeant l’auteur dans une posture factice, cigare aux doigts... La légende de Frédéric Mitterrand s’est construite grâce à un style unique de narration orale - ces phrases interminables, logorrhée lyrique nourrie d’érudition magnifique, ce phrasé ciselé que les images portaient au firmament de l’ère cathodique. Mais cette mélodie du bonheur télévisuel tombe à plat lorsqu’elle est transcrite sur une page blanche.
Malgré les efforts, perceptibles à la lecture, la prose mitterrandienne s’essouffle vite, s’englue, s’alourdit et se noie dans un pathos indigeste. Les images sauvent parfois un passage, ailleurs l’action réveillera le lecteur, mais tous ces petits bouts mis à la queue leu leu ne suffisent pas, et c’est bien dommage, à raviver le rythme ni à ranimer l’entrain du lecteur - flammes sans lesquelles il ne parviendra pas au bout de son périple. On a beau résister de toutes ses forces, par respect pour son auteur, par volonté d’y croire et de rentrer dans le récit, rien n’y fait : une fois ressentie, l’impression s’installe, s’érige en maître, incontournable : pathétique ! Ce livre est pathétique, insalubre, irrespirable...

On se sent voyeur, mal à l’aise, désabusé, voire trompé. On aimerait reposer ce livre et ne l’avoir jamais ouvert ; on souhaiterait qu’il n’existe pas. Quelle manie de vouloir toujours tout dire pour essayer de tout expliquer ! Il y a des choses qui sont ainsi. On doit les respecter - donc ne point les mettre en lumière. Toute vérité n’est pas bonne à dire. Toute vie a sa part de mystère, et tout comportement a ses raisons que la raison n’a pas toujours su - pu ? voulu ? - contenir, empêcher, justifier...
Casser le mythe, briser le miroir pour se retrouver relève de la psychanalyse, ce ne doit pas être prétexte à faire un livre. Ce n’est pas sur la place publique que l’on règle ses problèmes, c’est avec sa conscience et, accessoirement, l’aide d’un praticien.

On jettera donc ce livre pour bien signifier que l’on n’en veut pas, ni comme témoignage, ni parce qu’il émane d’un homme que l’on aime beaucoup par ailleurs. On le jettera par-dessus son épaule, en pensant à Jean-Edern Hallier qui le faisait si bien sur la plateau de Paris Première, comme l’on chasse de sa mémoire un mauvais souvenir.
La Mauvaise vie ? Connais pas.



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François Xavier, le 25 avril 2005 - article1562.html
Frédéric Mitterrand, La mauvaise vie, Robert Laffont, 2005, 351 p. - 20,00 €.
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