
Moribondes est soutenu par la SGDL, qui avait invité son auteur à l’un de ses forums au dernier Salon du livre de Paris (NdR).
La quatrième de couverture de ce recueil de sept nouvelles - une réédition d’un ouvrage paru aux éditions Fixot en 1988 et qui comportait en plus "Les Trois femmes de Thomas Horvath" - parle de sept jeunes femmes avec un seul destin, la mort. De manière ultime, brutale : le suicide. Le terme d’"héroïnes" aurait été mieux choisi car, parmi ces "jeunes femmes", Laure est, au mieux, une jeune adolescente et Lilith a 112 ans - un peu âgée, pour une jeune femme.
Que dire de ces nouvelles ? Très vite, une habitude nous prend. Philippine, Louise, Pénélope et Line sont des femmes ordinaires. Elles mènent une vie semée d’embûches ordinaires mais ressentent une grande solitude. Même mariées, comme Pénélope, elles sont seules. Le suicide est alors une libération qui ne dérangera pas grand monde. Elles ont aussi un autre point commun, pour la plupart, qui peut expliquer pourquoi elles décident de mettre fin à leurs jours : une phobie de la vieillesse qui tend vers un racisme anti-vieux. Enfin, certaines n’aiment pas les chats mais aiment à se balader en bus. Au moment, donc, où on s’habitue à ces drames de la vie avec une lecture de textes, somme toute, ordinaires, on plonge dans le fantastique avec les trois dernières nouvelles.
La chute de "Line" aurait déjà dû nous alerter. Line est la seule suicidée dont on ne retrouve pas le corps. Elle disparaît. Simplement. "Pepita" évoque une jeune femme qui fait tourner la tête des hommes qu’elle rencontre et les pousse au suicide. Son dernier amant ne cédant pas à une tentation pourtant contagieuse, elle le tuera en se suicidant au volant d’une voiture. Le nombre de morts qui jalonnent ce court récit et la façon dont il est traité le rendent, fait exceptionnel, hautement improbable. La monotonie qui gagnait le lecteur est rompue. Un nouveau seuil est franchi.
Lilith est affligée de ce surnom et pourtant elle hante les églises. La mort de son mari, à soixante-seize ans, l’a libérée. Depuis, elle mène une vie très mystique. Elle résiste à tout. Même à la canicule. Elle veut voir le lieu de la mort de sainte Blandine et devant l’immortalité de celle-ci, elle décide de se laisser mourir. Un mois de jeûne sera nécessaire. Avec Laure, on passera d’un extrême à l’autre et on découvrira une jeune fille à l’humeur macabre, grande adepte des tragédies, et ce, depuis son berceau.
Ce recueil s’achève en apothéose. Pascale Gautier, qui montre l’étendue de son talent d’écrivain avec "Laure", semble particulièrement à l’aise avec les situations ubuesques et fantastiques. Elle quitte les sentiers battus et se démarque avec génie. Ce livre devrait se lire en une semaine. Une nouvelle par jour. Pour mieux les assimiler et suivre le crescendo.
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| Pascale Gautier, Moribondes, Éditions Joëlle Losfeld coll. "Arcanes", janvier 2005, 111 p. - 6,90 €. |
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