1922 - Pierre Roy, troublé devant la décision du nom qu’il va devoir donner au recueil qu’il établit, questionne un enfant : "Connais-tu de petites chansons qui servent à compter quand on joue ?" La comptine venait cette année au jour dans le champ de l’écriture.
Pourquoi une transcription si tardive d’une oration si évidente, si immémoriale ? Telle est la question qui origine le voyage même auquel nous invite Pierre Lartigue dans les histoires de la comptine.
D’évidence, l’auteur nous rappelle l’angoisse et la répulsion que le classicisme et la religion ont pu développer à l’égard de la folie infantile, de l’absurdité verbale, rendant bien lointains les beaux jeux jouissifs d’un Rabelais aux plumes qui auraient les lèvres imberbes. "Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement" : un deon est posé, un tabou est cloué ; comment concevoir que ce qui ne se conçoit pas, s’énonce drôlement ? Et il faudra attendre la Révolution pour un retour aux racines populaires de la culture, la psychanalyse et le surréalisme - dont Pierre Roy était proche - pour que l’enfance puisse se loger sur une page, avec ses fascinations, ses jeux, ses jouissances, ses angoisses, retrouver une dignité.
Le poète nous fait alors entrer dans un monde infini, plein d’échos et de charmes, traversant une tragédie d’Euripide, des prisons hugoliennes, des rives mauriciennes ou des poèmes écrits par Soupault.
Poésie orale et universelle, on peut hésiter sur son origine et ses fins, plurielles, insaisissables. Pierre Lartigue se propose alors de nous en montrer l’universalité, l’intemporalité :
Cette quête ne prétend pas à l’exhaustivité. Il s’agit d’ouvrir quelques fenêtres sur une poésie ingénue et sur ses rapports avec des traditions d’écriture. Le seul critère sera le goût de ce qui se met en chasse. Le bon plaisir.
Le bon plaisir est vraiment nôtre à ces lectures charmantes, naïves et érudites. Un livre rare et savoureux.
Lire notre entretien avec Pierre Lartigue.
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