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Romans
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Le roman d’Isabelle Alonso brille par l’énergie qu’il dégage. L’énergie d’une histoire aussi claire que les motivations de l’auteure dont on connaît la façon de foncer pour la cause des femmes et contre l’androcentrisme de la société. Encore une fois, avec Filigrane, on va pouvoir l’aimer pour ça, Isabelle Alonso, et pour ça aussi, l’envie est grande de ne voir que des qualités dans son nouveau livre.

Au centre du projet romanesque, un homme qui n’aura pas la parole et qu’on ne découvrira donc qu’en filigrane, à travers les témoignages de sept femmes qui l’ont aimé. Maximilien est cet homme. Un homme, de prime abord séduisantissime, mais dont le vrai portrait émergera peu à peu du récit des émotions, sentiments amoureux, extases, déceptions, dégoûts et enfin souffrances éprouvés par chacune à l’occasion de son idylle avec lui.
Sept femmes, sept personnalités, sept beautés si différentes, mais avec, au fond d’elles, visible ou bien secrète, une même perspective archaïque sur l’amour, l’attente irrépressible du prince charmant, de l’histoire d’amour idéale, du grand A, à la vie à la mort... etc. Eh oui !

Scènes de chasse. Maximilien se révèle comme un prédateur des femmes. Conscient des espoirs profonds de la gent féminine, il s’en sert en professionnel pour mieux les piéger. Les piéger est sa jouissance. Son jeu cruel. Il utilise toutes les ficelles du domaine amoureux, allant des cadeaux princiers aux voyages mirifiques, des attentions aux prestations les plus chaudes, de la présence à la pression, des serments aux injonctions. C’est un acteur accompli. Un mime parfait de l’amour. Et de la sincérité. Il sait les mots qui font mouche, les attitudes qui brisent les méfiances, il est prêt à tout pour faire croire à son amour toujours. Il sert aux femmes les clichés qu’elles attendent dans leurs rêves les plus fleur bleue. Son but, brouiller les pistes. Rendre sa proie dépendante, offerte, qu’elle donne tout, divorce, rompe, quitte, pour venir se mettre à sa merci. Et quand l’agnelle est là, haletante, sous ses crocs, amoureuse éperdue, et perdue, il disparaît, sans un mot, la laissant exsangue, seule avec les belles promesses non tenues.

La peinture de relations hommes-femmes entièrement au profit de l’homme. Où l’homme met entièrement ses forces à mener le jeu, installer son pouvoir, manipuler, déstabiliser, et lorsqu’il a bien joui de cette manipulation, passe à la proie suivante, non sans jouir encore de la souffrance qu’il provoque. "Pervers narcissique", dirait un psy. Et tel que le décrivent ses sept victimes, à fuir sans se retourner. Sa victime principale, Ana, décrypte le processus de sa destruction par l’homme sans parvenir à s’en libérer. Elle le voit dévorer son espace, son identité, vouloir devenir elle. L’osmose à sens unique. Ana en redemande. Mais - ouf - ne pleurera pas tant que ça quand un accident - justice immanente ou suicide déguisé ? - aura la peau de son Maximilien, en fait perdu depuis longtemps.

Espèce en voie de disparition ? Veuve noire au masculin ? Filigrane tisse sa toile tambour battant, dans une progression bien menée, à laquelle on se laisse prendre. Confidences de femmes, langage simple, familier, facile à lire comme un magazine. L’alerte rouge anti-pervers se déclenche dans un climat de conversation réaliste qui démontre ce qu’on savait déjà : en amour, percevoir le danger, pouvoir le décrire sans illusion, ne signifie pas l’éviter. Mais la plus grande qualité de ce roman de la vraie vie est qu’il peut s’utiliser comme un outil de détection. Mettez-le d’urgence entre les mains des hommes et observez leurs réactions. Alors, chéri, pervers narcissique ? Si la réponse est oui, vous savez ce qu’il vous reste à dire : merci Isabelle Alonso !



Il y a 3751 signes dans cet article.
Colette d’Orgeval, le 18 mars 2005 - article1448.html
Isabelle Alonso, Filigrane, Robert Laffont, janvier 2005, 275 p.- 19,00 €.
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