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Un livre qui accueille des photos, quatorze, un récit écrit en collaboration : deux raisons de changer, des regards différents. À un moment du temps, deux corps se désirant follement se mêlent dans le plaisir. Reliefs, des vêtements intimes restent là, comme une parole à laquelle donner la parole, une nature morte vivante. L’exergue est de Bataille : L’érotisme est l’approbation de la vie jusque dans la mort. Les commentaires en contrepoint accompagnent la photo, la relaient, mais ne la dupliquent pas : il n’y a pas redondance. Et c’est à chaque fois deux textes qui disent en contrepoint l’émotion de ces objets de corps, de ce linge intime laissé là, très souvent à Cergy, en désordre, mais suivant, justement, l’ordre du désir.

Et d’autres choses que ces choses abandonnées après l’amour. En filigrane, le cancer du sein, la destruction et des réflexions sur la photo, c’est-à-dire le croisement de l’absence et de la présence, une autre définition du mot "temps", ombre portée de la mort. Ainsi :
Rien de nos corps sur les photos. Rien de l’amour que nous avons fait. La scène invisible. La douleur de la scène invisible. La douleur de la photo. Elle vient de vouloir autre chose que ce qui est là. Signification éperdue de la photo. Un trou par lequel on aperçoit la lumière fixe du temps, du néant. Toute photo est métaphysique.
Le passage du physique à la métaphysique procure alors comme un itinéraire de lecture possible.



Il y a 1448 signes dans cet article.
Pierre Grouix, le 11 mars 2005 - article1426.html
Annie Ernaux et Marc Marie, L’usage de la photo, Gallimard coll. "Blanche", février 2005, 150 p. - 13,90 €.
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