Sur la couverture du livre, une cervelle dans un mixeur, du sang qui dégouline sur du carrelage. Il y a même le diable - logotype de l’éditeur -, une diablesse en fait, qui se vautre dans cette giclée rouge. Il se tient les côtes. De rire ? Oui sans doute. Si le cœur vous en dit, entrez dans ces pages en confiance, l’intérieur du bouquin tiendra les promesses de son extérieur : pas de tromperie et donc pas de déception.
D’entrée de jeu vous constatez - avec plaisir donc - que dans la cuisine littéraire de Céline Robinet, les mots giclent sous le cutter, les idées marinent dans le white spirit, les récits implosent en faisant tout sauter, les narratrices - toujours des filles ou des femmes - s’embourbent dans des délires déglacés au glauque, au scato et au trash, avec, pour la bonne descente, une rasade d’humour, voire de franche rigolade. Ses petits textes, trop courts pour lasser, oscillent sur le fil étroit du rire et de l’effroi, à moins qu’il ne s’agisse d’une forme de provoc qui fait penser à certaine émission de télévision où Averty passait joyeusement les bébés à la moulinette. Si par hasard il vous venait à l’esprit de prendre ça au sérieux, vous seriez ramené à la réalité par une agilité de la jeune auteure - 28 ans -, blague, jeu de mots, jeu tout court, pied-de-nez, et même page blanche en cas de trop grande résistance.
C’est qu’avec tout ça, elle se cache bien, Céline Robinet. Elle a un sacré talent pour ça. Son armure est son imagination cent pour cent libre d’a priori et d’interdits : d’une élasticité redoutable cette imagination lui permet d’étirer ses logiques sur une ligne infinie de fuite, à la limite extrême du craquage, jusqu’à des chutes où la cruauté le dispute au grand guignol. En donner un échantillon ferait perdre tout plaisir à la lecture, plaisir qui tient aussi au contact avec une écriture corrosive, qui démystifie l’écriture elle-même et les grandes idées sur l’académisme et le littérairement correct.
L’extrême dans les délires et paranoïas des héroïnes.Toujours des femmes dans ce premier livre de Céline Robinet. Toujours dans le trop, le dingue, dans l’irréel, dans le charcutage et la destruction. Poésie ou psychose selon l’humeur. Partie visible de ce qui ne veut se dire qu’ainsi : la difficulté d’être femme. L’absence d’amour. Le corps comme un ennemi. L’incapacité à tisser des liens avec autrui. Le désastre du vieillissement. La solitude. La froideur du monde autour. L’addition pèse. On aimerait connaître les sketches écrits par Céline Robinet pour confronter ses univers. Il paraît qu’ils sont comiques, ses sketches. De toute façon, comme elle l’indique dans son texte intitulé "Il n’y a pas de fumée sans cancer", ni pleurs ni couronnes.
Les chants désespérés sont les chants les plus drôles, tout le monde le sait.
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