Non, cette fois-ci, ce n’est pas le livre qui s’ébat hors de la meute : c’est la chronique ! Un texte-billet d’humeur et d’humour, inventif, un peu tout fou tout flamme qui est à lui seul un pur plaisir de lecture. Et le livre de José Frèches, dans tout ça ? Convenons qu’il se fait un tantinet oublier...
La rédaction
En exclusivité :
Comment Raymond Bouddha a pris la parution de Moi Bouddha aux éditions XO.
- Moi qui vous cause, j’en ai déroulé du câble, et du sévère. Faut dire que j’en ai vu défiler des croyances à deux balles, des prophètes qui se prenaient pour le taulier et des soupentes transformées en chapelle ardente. Tiens, j’ai même vu des zigs qu’auraient pas fait de mal à une mouche couper le sifflet de leurs contemporains au nom de collègues qui n’en demandaient pas tant. Et puis d’autres qu’ont dit que nos affaires, c’était rien que cochonneries qu’endormaient la conscience du pauv’bougre. C’est vrai qu’on a connu des abus, je le reconnais d’autant mieux que même si j’ai pas participé directement, j’ai toujours servi de modérateur quand y avait du sprountz dans le manuel de théologie. Mais de là à faire passer nos succursales pour des fumeries d’opium ! Tout de même. Surtout venant de la part de mécreants qu’ont réussi en moins d’un siècle à se faire tirer le portrait plus de fois que bibi et que ce pauvre Yehouda à l’époque où il carburait plein pot.
Faut dire que les affaires, c’est plus comme dans le temps. J’vous parle de ça il y a 2 ou 3000 ans, on savait s’arranger avec le fervent. Une petite offrande par là, un petit prodige par ici, une petite pensée avant de s’endormir à mézigue ou aux collègues et j’temballe le tout jusqu’à la fin du permis de séjour. Une affaire qui tournait pépére quoi. Bien sûr je dis pas qu’une petite colère de temps en temps pour remettre les clepsydres à l’heure ne s’imposait pas. Mais ça se faisait toujours dans le respect du client. Et puis la colère moi c’est pas mon truc. J’suis plutôt du genre placide. Placide mais pas cave. L’est pas encore né celui qui viendra me bouffer le sacré sous le pied... Enfin tout ça pour dire que le turf, ben c’est plus le turf. Tiens y a des siècles comme ça, j’me dis que je ferais mieux de m’occuper de mes mandalas et de laisser faire les jeunes. Mais c’est qu’ils seraient capables de tout foutre en l’air ces cons et franchement, ce serait pas joli-joli de laisser le buisiness partir en capilotade comme ça rien que parce qu’on n’a plus 2000 ans.
Voulez que j’vous dise... Savent pas y faire les jeunes. Voient tout de suite trop grand. Prenez-moi, moi et pas mal d’autres, ben on a tous commencé pareil, à faire le beau pour épater les pouliches. Et de fil en aiguille on construit son affaire, on place un pion ou on recadre un fâcheux, mais toujours avec les manières. Au bout de 1000, 1500 ans, on a les fondations solides et on peut espérer dans l’expansion. Mais là je dis attention. Faut pas pousser le bouchon trop loin, sinon on se retrouve comme ce pauvre Yehouda à servir de casse-dalle à des grenouilles de bénitier. Les jours d’affluence l’est obligé de faire appel à des extra sinon resterait plus que son pagne pour pleurer.
Le milieu je connais. C’est même moi qui l’ai inventé. La "voix du milieu" qu’on m’appelait. Le reste c’est juste erreur de traduction et tromperie d’après succession. Parce qu’il y a eu succession. Oui mon brave. Un jour je me suis couché et j’ai mouru. Mais comme on n’a jamais su où me placer, ben je me suis dit comme ça qu’une petite rallonge ne serait pas du luxe. Eh bien j’aurais mieux fait de rester couché, parce qu’avec tous ces malfaisants qu’ont fait leur beurre rien qu’avec mon nom, c’est vraiment à vous dégoûter du business. Et encore, je parle pas de ceux qui me prennent comme support de réclame. Là je méprise. Mais tout de même, ça me fait mal. Tu te casses le karma à bâtir une affaire respectable et résultat, en fin de compte, tu fais le macaque pour augmenter la diffusion des gazettes, tirer du trou des starlettes en manque de respectabilité et assurer les vieux jours d’écrivaillons en manque d’inspiration. C’est plus ça. Non vraiment. Tiens j’préfere encore retourner me coucher, moi.
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