Tout homme, tout désirant qui descend ou remonte la corne d’abondance des boulevards, la foison et la beauté des corps, sait qu’il passera aussi sa vie à résister au chant des sirènes, à moins qu’il ne choisisse, pour sa belle perte, de s’y livrer. De fait, la sirène est l’une des créatures aimées de l’imaginaire. Elle est présente au fil des temps et des lettres, comme vient à le rappeler cette anthologie, d’Homère à Ovide, de Wells à Giraudoux.
Créature hybride, habitante des airs ou de l’eau, cette figure habite nos rêves les plus anciens et jusqu’à notre image du chant puisque Orphée lui-même rivalise avec elle(s). Siren ou mermaid, Néréide ou Lorelei, elle est aussi où on ne l’attend pas. Enchantement est son nom. Tenons-nous-en à deux visions classiques. Homère et son Ulysse d’abord, qui donnent une belle leçon : pour ne pas se livrer au chant, plus sûr moyen de rater Ithaque et donc soi, se boucher les oreilles de cire et s’attacher solidement à son mât (sa volonté). Viens écouter nos chants : le chœur des sirènes retentit dans le vide. Andersen aussi, que l’on anniversarise cette année, et sa petite sirène.
Entre mille autres choses ceci : les sirènes rêvent elles aussi de notre monde. Les choses sont posées en termes de désir et, romantisme oblige, de mort. Après trois récits antiques (dont celui d’Apollonios de Rhodes) et trois visions aquatiques (dont l’Ondine giralducienne d’après le conte allemand de Frédéric de La Motte-Fouqué), trois versions modernes moins connues (Mauclair, Renée Vivien, Lampedusa) attestent de la présence de cet être et de ses avatars dans l’âge moderne où elles sont bel(les) et bien, réelles, présentes, insaisissables. Comme les femmes du boulevard, alors ? Neuf textes comme neuf muses ?
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