La sphère antique se livre corps et âme à la divination, cherchant dans le ciel une justification à son être, un sens à sa présence dans le temps. Rome, et donc la Grèce, mais aussi l’ensemble de la Méditerranée cherche à comprendre. En - 44 avant J. C., un homme nouveau, le plus grand écrivain latin - Cicéron - cherche à comprendre lui aussi, mais moins le sens que les mécanismes qui poussent à s’en remettre aussi aveuglément à ces auspices et autres augures.
Il est l’un des fondateurs de la méthode critique : il analyse, compare et établit les faits. La documentation est immense et le savoir mis en œuvre impressionnant. Il s’agit de répondre à la question : peut-on connaître le futur ? Conçu comme un dialogue entre Cicéron et son frère Quintus, la structure militante du livre défait les arguments fondés sur autre chose que les faits :
Je nie la divination.
Le procès est à charge :
À vrai dire, la superstition, répandue parmi tous les peuples, a opprimé presque tous les esprits et s’est emparée de la faiblesse des hommes.
La rhétorique fait son travail de sape, use de ses armes et du style pour mettre à plat des choses :
Qui en effet, pourrait tirer à l’arc toute la journée sans toucher quelquefois au but ?
Du début à la fin, une attaque en règle, d’autant plus efficace qu’elle est structurée contre "le délire incroyable" mais qu’elle est aussi, dans le sillage de Platon en amont de l’humanisme et des Philosophes, une soif de la raison critique, définie comme le bien le plus précieux, ce qu’a tout homme pour éclairer sa nuit, ce qu’il demande à lui-même et aux ressources de sa raison plus qu’aux viscères d’un oiseau. Richement annotée, cette édition bilingue fournit les pièces du procès, et c’est, on l’a vu, un procès à charge. Là comme ailleurs, le nom de Cicéron est un synonyme de liberté.
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