Lorsque Shéhérazade sort ses griffes, c’est le lecteur qui manque de perdre la tête.
Neuf nouvelles fantastiques constituent ce recueil que n’aurait pas renié Prosper Mérimée.
Comme lui, Sylvie Huguet porte une attention extrême à l’organisation dramatique de ses récits, s’intéresse de près à ses personnages et aux petits détails de leur univers, pour rendre le lecteur plus confiant et ainsi mieux le surprendre. Un fantastique épuré, dénué de scènes horrifiques et sanglantes, totalement ancré dans un quotidien qui nous concerne tous : un voyage en train ou en voiture, un baptême, une séance de cinéma, une consultation chez le médecin... De ce fait, l’humour trouve naturellement sa place, relevant ou désamorçant la cruauté du propos suivant le contexte. Ainsi le lecteur se réjouit du sort réservé à un homme un peu trop empressé auprès de sa belle-fille de quatorze ans ("Baptême") ou rit de bon cœur lorsque "Madame loup-garou" sort le dîner du congélateur ("Lunatique").
Dans cet ouvrage un peu inégal (mais quel recueil de nouvelles ne l’est pas ?) on trouve quelques perles qui valent largement le détour : "Des temps difficiles" et "Cinéphile", réellement jubilatoires, ou "Le Dix-huitième coup", histoire pour golfeurs dans laquelle l’auteure nous balade à sa guise et nous perd à la lisière de la réalité et du surnaturel. Les animaux sont très présents, comme dans les autres livres de Sylvie Huguet (Le Rêveur de Jaguar et Le Printemps des loups) : ennemis ou compagnons ils sont autant de rencontres qui assurent parfois le passage d’un monde à l’autre.
Mais la grande farce surréaliste avait peut-être du vrai : il est des rencontres qui relèvent du merveilleux...
Un recueil pour se distraire et se laisser surprendre, avec délices !
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