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Après avoir renoncé à des études d’ingénieur, Charles Dupire a opté pour le journalisme. Il sème depuis trois ans ses piges dans les feuilles les plus connues - France Soir, l’Express, Le Parisien... excusez du peu ! - et collabore désormais au site lemagazine.info. Mais les livres l’appellent tant et plus... Aussi a-t-il frappé à notre porte ; il s’est plié de bonne grâce à notre petit rituel d’intronisation - le papier test - et la manière dont il parle de Neiges artificielles, le premier roman de la nouvelle coqueluche des lettres françaises Florian Zeller, nous a emballés. Un coup d’essai hautement maîtrisé, qui vaut à Charles d’être accueilli à bras ouverts dans notre équipe...


Avant, bien avant de surfer sur le succès à 25 ans à peine, de manquer de déclencher une émeute à chacune de ses dédicaces et de remporter le prix Interallié pour son troisième roman, La Fascination du pire, Florian Zeller a bien été obligé d’affronter le très difficile exercice que constitue l’écriture d’un premier roman... Et là, fort heureusement pour lui, "le début ne laisse pas présager la fin". Ou plutôt faudrait-il dire la suite, car cette maxime d’Hérodote, placée à la tête du premier chapitre de Neiges artificielles, s’applique aussi bien à son œuvre qu’à son premier roman, paru en 2002, aujourd’hui réédité aux éditions J’ai lu, et qui commence en effet très mal.
 
Le narrateur, un étudiant d’une vingtaine d’années, vient de manquer le dernier métro... Il se voit donc contraint de prendre un taxi pour se rendre dans une boîte branchée, à la recherche désespérée de Lou, "la femme de sa vie", avec qui il a entretenu une liaison voilà quelques années et qui aujourd’hui l’obsède à nouveau. Seulement, la vie est vraiment trop injuste : 
Dans mes rêves, elle m’appelait "mon coeur" ; dans la réalité, elle ne m’appelait pas, malgré les messages que je lui avais laissés sur son répondeur, explique-t-il.

Bref, rien de très original au premier abord : Florian "Caliméro" Zeller, fraîchement sorti de l’adolescence, n’a pas encore fait le tour de son nombril, et nous raconte l’histoire - vraisemblablement la sienne - d’un jeune amoureux aussi transi qu’éconduit. À travers son héros oscillant entre dépression et neurasthénie, il nous fait part avec plus ou moins de bonheur de ses élucubrations sur la vie, la mort, l’amour et ses angoisses métaphysiques. Un exemple parmi d’autres :
Faire l’amour et baiser sont des choses complètement différentes. Sans commentaire...

Comme toute bonne vieille autofiction, l’ensemble est bien sûr écrit à la première personne et abuse sans vergogne de l’imparfait. Un genre qui s’avère particulièrement exaspérant, en particulier lorsque le narrateur s’interroge sur sa tenue vestimentaire avant de sortir, ce qui donne des phrases du genre : je me demandais si mon pantalon irait avec ma nouvelle chemise bleue ou encore il y avait lundi prochain une soirée privée à l’Enfer, et je voulais absolument porter mon ensemble blanc. Autre élément susceptible d’irriter le lecteur : la fâcheuse tendance de l’auteur à étaler ses nombreuses références littéraires de jeune étudiant à Sciences-Po encore mal dégrossi.
 
Heureusement Florian Zeller fait preuve d’un recul salvateur sur ce qu’il écrit. Même le prologue du roman que j’essayais tant bien que mal d’écrire me semblait tragiquement ennuyeux. Mais voilà : ça m’ennuyait encore plus de l’effacer, précise-t-il ainsi dès son "prologue ennuyeux"... De même, il semble qualifier dans les dernières phrases son ouvrage de "mauvais roman". Pourtant certains passages de ce livre plus complexe qu’il n’y paraît laissent déjà entrevoir un talent que l’auteur confirmera dès l’année suivante dans Les Amants du n’importe quoi. Par ailleurs, Florian Zeller montre qu’il n’est pas dénué d’humour, comme le prouve cette formule digne d’un Pierre Dac ou d’un Desproges :
Les gens étaient finalement de drôles de types. Voire des cons. La preuve que c’étaient tous des cons, tout le monde était d’accord pour le dire.

Vers la moitié du roman, l’auteur cesse enfin d’écrire son journal intime pour laisser son héros sombrer dans la folie. Ce dernier se met en effet à avoir des idées de meurtre envers Lou, l’objet de son obsession, qui le rejette, et il se promène ainsi constamment avec un cutter sur lui. Là, le récit prend bien évidemment une tournure différente... Le narrateur prémédite également une autre forme de crime, qu’il mettra à exécution :
La tromper, la tromper le plus possible, souiller sa mémoire avec des instants fugitifs de plaisir, c’était le meilleur crime, la meilleure vengeance.

Puis, après une digression sur le lien fort, voire passionnel, qui unissait l’écrivain enfant à sa mère, le roman s’achève de façon houellebecquienne : tout est gris et sans espoir. Florian Zeller avait placé en incipit cette question shakespearienne : Que devient la blancheur quand la neige a fondu ? Rien, nous répond bien sûr l’auteur, à plus forte raison lorsque cette neige est artificielle. En résumé : l’amour ne dure pas, et celui avec un grand A n’existe plus, ou n’a jamais existé, c’est selon. Le héros finit donc par se résoudre à jeter ses dernières illusions romantiques dans la Seine.
Et comble du désespoir : Le père Noël n’existe pas !, déclare-t-il à un gamin de six ans qu’il vient de croiser. Sans doute une manière de signifier qu’il vient de quitter définitivement du monde de l’enfance.

Charles Dupire



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La rédaction, le 7 janvier 2005 - article1270.html

Florian Zeller, Neiges artificielles, J’ai lu, août 2004, 123p. - 3,50 €.

Première édition : Flammarion, janvier 2002, 250 p. - 15,00 €.

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