Ces
carnets respirent la chair dans l’épaisseur des mots qui suintent le long des textes - lyriques lorsqu’ils se retiennent, retenus lorsqu’ils s’évadent - textes à la mesure du sexe qu’est l’Origine du Monde. Les notes que l’on déchiffre instillent une musique claire et sonnante dans la lecture, laquelle, même muette, se donne à haute voix. Force est de (re)connaître la beauté convulsive du poème - quand celui-ci prend le chemin des résonances internes, et que sa dimension rejoint le micro-macrocosme, le pulsant univers. Ce qui sied à Werner Lambersy, c’est l’ampleur du propos en parallèle avec la longueur du quotidien. Mathématique où le sens se confronte à lui-même ; où le sens est forcément sensuel - fait de terre, d’eau, de ciel, et de ces humeurs qui caractérisent le corps.
Violence du désir, en butte à la mort, seul à pouvoir suspendre, le temps d’un orgasme, la puanteur lourde et flasque des irrémédiables. Artaud s’entend dans ces vers gueulés du fond de l’être, comme si, toujours, les frères du verbe tamisaient par-derrière nos propres résonances. Colère en diatribes contre le soufre et la souffrance ; cris éjaculatoires face à la ruine, à la désolation du monde. Shakespeare ravaude les échos d’une mémoire aussi vive qu’ancestrale. Les mots sont là pour faire crever l’angoisse ; faire crever tous ces abcès du vide ; que ne crève pas ce qui demeure en nous par-delà le miroir. Les mots crachent et vomissent, évacuant la fétide agonie - catharsis du hurlement qui rameute tous les murmures.
Le poète est un langage qui vrille. Une parole excavée dans le silence. Un tremblement à l’intérieur du calme. Une vague qui meurt dans un ressac. Le poète remue, dans l’ordre des choses, la poussière du mesurable et de l’infini, de la mesure de l’infini - c’est une poussière opaque que transpercent certains mots. Il est ainsi des lieux accessibles aux seules combinaisons des sens ; des lieux incalculables où dorment sons et réflexions, avant que le poète s’engage.
Lambersy - il n’y a point de commentaires à faire - écrit :
Nous marchons
Contre les raz de marée de la mort
Contre l’épithalame
Possessif de ses eaux sans retour
Et nous durons
En étreignant des corps
Pour engourdir les plaies
Des coups de griffes du temps
Ce qui se livre ici, c’est l’essence même du poème, par sa puissance (r)évocatrice de l’éphémère ; par cet ultime degré, toujours en suspens, jamais gravi, qui annonce l’élévation de l’être dans l’humaine condition. Werner Lambersy touche alors au sublime ; ce sublime qui nous touche de sa chair, palpitante, tel un gong, frappé(e) de tous les sens. C’est à lire pour délivrer la pulsion du superbe qui pulse en chacun de nous. Pour cette beauté fulgurante, c’est à lire. À lier en nous. Nécessairement.
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