
Éclats illuminés de la parole libérée
La petite sœur de Rimbaud vit à Buenos Aires. Elle est verbe pur. Nom nu de la parole enchantée elle porte en elle le diamant perdu de l’humanité : l’amour.
Dans le tourbillon de l’horreur quotidienne d’un monde devenu fou, Cristina Castello persiste à rechercher la beauté dans un éclat de silence. Sortie indemne du déluge de suie qui s’abattît sur l’Argentine à une époque où les militaires crurent que l’armée avait une âme, elle devint journaliste pour travailler à sauver le pays tout en demeurant poète à chaque seconde de vie qu’elle respire à pleins poumons. Elle a créé des émissions culturelles pour la télévision et la radio. Elle a donné des récitals. Elle a enseigné l’art de l’entretien journalistique à l’Université. Aujourd’hui elle se consacre entièrement à la musique, à la peinture et à la poésie qu’elle a réunies sur son magnifique site web cristinacastello.com.
Hispanophone de naissance mais polyglotte de vocation, la voici enfin, présente, dans la langue de Voltaire par ce splendide recueil dédié à la condition humaine. André Malraux l’aurait accueillie à bras ouverts, elle la messagère d’une autre culture si lointaine en kilomètres mais si présente en parallèle de crépuscules. Poésie bénie de la langue universelle, le mystère de l’eau bleue infinie de mer et Paris, en capitale mystique, ici réunies sous la couverture d’un éditeur du Sud au nom de vent, et voilà la boucle qui se referme d’un poète l’autre aux semelles de vent, justement, cet air soufflé pour porter à la criée des chemins de vies les espoirs du cœur des hommes.
En présentant Soif, Cristina Castello sait qu’il n’existe rien de plus proche au mystère que la poésie, affirme Oscar Barney Finn dans sa préface. Énigme de la langue qui se reflète d’ailleurs de page en page puisque ce livre est édité dans une version bilingue, page de gauche en espagnol argentin, page de droite en français. En elle il y a une musique profonde et secrète qui tisse des idées, des mots et des images, cherchant la vibration sœur pour se reproduire dans un jeu d’infinis miroirs.
Poète aux myriades d’étoiles dans le nuit du monde, Cristina sème les petites graines d’un hymne dédié aux justes, une Neuvième symphonie argentine, prodige de la syntaxe dans le flux et reflux des marées humaines, alors louons notre troisième millénaire qui nous aura apporté, aussi, cet Internet, magnifique toile d’araignée où chaque jour se tissent les amours de demain, espace de liberté et de créativité où je rencontrai la belle Argentine un jour de septembre 2003, au détour d’un énième lien qui me propulsa sur son site, extraordinaire sanctuaire du mot juste, de l’artiste innocent épris de justice et d’amour.
Lisons Soif comme un naufragé du désert - ce que nous sommes en réalité - et appréhendons cette petite mort qui est plaisir vif à la chute du poème, à la musique du mot juste, au rythme de la ponctuation insolente de vérité. Rythmé par les dessins originaux d’Antonio Seguí (qui feront l’objet d’une exposition début 2005 à Buenos Aires lors de la présentation du livre), cette poésie chante la Beauté, l’Amour, la Liberté, et on hurle l’absence de beauté, d’amour et de liberté dans le monde, nous dit Ricardo Dessau. Ce recueil d’une intensité innée à ce poète, qui n’ayant publié avant aucune œuvre à titre individuel porte la poésie en corps et âme, depuis son plus jeune âge lorsque sa mère lui disait le meilleur des poètes romantiques et modernistes.
Lisons, lisons et relisons dans la clarté du soleil couchant la glace bleue du poème cristallisé en pages blanches. Lisons l’Argentine sous ses plus beaux atours, aimons-la comme le pays de Borges aussi, mais désormais comme l’ancrage d’une voix d’airain, l’Argentine, le pays de Cristina Castello.
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