Lors du carnaval de la Nouvelle-Orléans, à travers le spectre d’un regard ivre et discrètement délirant, le chat et le diable de Boulgakov essaient de ne pas se priver de la fête... Un médecin légiste fin gastronome qui rêve des différents lieux saints - loin des poncifs classiques et un peu trop "Louisiane en toc" - de la cuisine fine de la ville, reçoit la visite un peu "froide" d’un de ses cuistots préférés, peut-être qu’une petite opération vaudou saura sauver son estomac dérouté et dégoûté... Trois enfants d’une petite ville perdue de Louisiane, trouvent leur attraction principale dans le marais qui jouxte la ville, et dont les lucioles sont bien fascinantes. Deux d’entre eux sauront grandir normalement, en s’en éloignant, mais l’autre - peu gâté par la vie - voit son destin noué par la fascination que ce lieu étrange exerce sur lui... Un couple homosexuel en crise, perdu au milieu de l’océan lors d’une sortie de plongée sous-marine - saura se retrouver dans l’approche de la mort... Une rock star plutôt sympa avec ses fans, mais qui connaît les soucis de toute star : vie privée envahie, luttes de pouvoir au sein de son groupe - infantiles et donc d’autant plus insolubles - se prend pour Orphée...
L’essentiel des quatorze nouvelles qui composent ce recueil se déroulent à la Nouvelle-Orléans ; dénuées de préjugés à l’égard des origines sociales ou des préférences sexuelles, elles témoignent même d’une certaine prédilection pour introduire le bizarre, l’insolite - voire le vulgaire - au sein du conventionnel le plus plat ou suavement infamant. Ce médecin légiste ne va-t-il pas composer avec certaines pratiques magiques louches et dangereuses pour sauver... son appétit ?
Dans ces récits souvent savoureux - bien que parfois un peu naïfs par leur aspect direct, sur un fond morbide, fantastique et gastronomique - dont le style sans emphase s’attache vite la connivence du lecteur se décèlent des satires sociales plus ou moins efficaces, même si toujours pertinentes - racisme, homophobie... etc. Efficace, parce que sur certains sujets d’actualité, l’auteur sait éviter les clichés et les caricatures qui ne font guère avancer les choses - l’histoire de ce couple homosexuel en crise, dans laquelle un regard froid de praticien relève les turpitudes liées à l’usure de toute relation, suscite l’émotion par l’absence de pathos excessif. En revanche, d’autres nouvelles - on songe à la première - montrent un peu de naïveté dans leur intention satirique.
En guise de prologue, l’auteur prétend en avoir assez de ces images d’Épinal trop souvent servies par les écrivains néo-orléanais sur leur ville, qui séduisent certes le lecteur-touriste, mais en donnent un visage totalement faussé insupportable pour elle, grande amante de sa ville et surtout de ses restaurants. Elle prétend nous montrer la vraie face de ce pays et éviter les clichés tape-à-l’œil de la Louisiane vaudou-carnaval-cuisine-épicée... Or, ses récits jouent de ressorts plutôt universels - nous n’avons pas dit conventionnels... - et dire que l’on se sent, à la lecture de ce recueil, immergé en pleine Louisiane serait comme dire que les romans de Stephen King plongent dans la Nouvelle-Angleterre profonde.
Poppy Z. Brite est une écrivaine américaine populaire : ses récits sont francs, directs, sans pudeur affectée, piquants et savoureux, les travers et déboires de l’Américain moyen y sont bien vus. Mais le fond reste sans surprise : ses personnages, sans grandes ambitions, aux existences moyennes et un peu victimes des circonstances, évoluent dans la petite ville américaine typique, avec ses enfants paumés un peu trop solitaires. Reste qu’elle parle avec passion - et de manière alléchante - de cuisine, et que le quotidien, le sexe et le morbide sont servis sous une lumière crue qui plaît. Divertissant.
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