Le modernisme est mort, vive l’art contemporain !
Vers quelle direction tend aujourd’hui l’architecture ? Vaste question qui n’aura jamais de réponse, fort heureusement. Les modes des années 1970-80 sont mortes et enterrées ; les supercheries du postmodernisme découvertes et raillées : désormais c’est no limits !
L’arrivée de l’ordinateur a ouvert la voie à tous les possibles, le superbe musée Guggenheim de Bilbao (1991-1997) est déjà une œuvre ancienne, un classique qui se regarde avec plaisir mais aussi avec gourmandise car il est le point de départ de ce nouvel élan qui anime les architectes. Grâce au développement de la conception assistée par ordinateur (CAO) l’on peut imaginer et produire des structures de caractère unique qui répondent aux nouvelles exigences de coût d’une industrie vouée à la standardisation. Si l’on peut créer l’unique au prix du modèle de base la révolution sera pleine et entière ! C’est la fin de la logique "moderniste" qui cachait les parpaings dans un remplissage désuet sans offrir la moindre alternative conceptuelle réelle.
Les architectures de demain regardent vers l’avant dans un souci d’extrapolation et de sensibilité qui se mobilisent autour du noyau central de cet art unique : formaliser le concept.
Plus d’une soixantaine de réalisations sont ici mises en lumière avec la présentation de leurs géniteurs, architectes de talent des cinq continents (on notera que leur coordonnées professionnelles sont fournies ainsi que leur site web, pour ceux qui auraient envie de se faire construire leur maison de rêve ...) réunis dans ce bel ouvrage qui, une fois de plus, stigmatise le péché mignon de Taschen : les textes reproduits en trois langues avec, pour le français, force fautes d’orthographe (adjectifs conjugués comme un verbe, noms écorchés, etc.) Il aurait mieux valu que le texte soit traité à l’égal de la photo et de la composition, par ailleurs remarquables.

Dans un ensemble hétéroclite qui va de Nouvel à Wilmotte en passant par Jones, Abe, Isozaki, Deaton, Foa et Sobek, tout commence par le Reihoku Hall de Hitoshi Abe, architecte japonais, qui a imaginé une salle polyvalente presque dénuée de fenêtres qui rappelle, avec l’aide des matériaux noirs utilisés, du bardage en bois et du vitrage, une certaine austérité qui renvoie au temple japonais traditionnel.
Vito Acconci, natif du Bronx, qui a su domestiquer la rivière qui traverse la vieille ville de Graz, en Autriche, pour y édifier un toron : faite d’ovales qui s’entrecoupent, l’île flottante tout de verre s’illumine aussi dans la nuit à la surface de l’eau tout en semblant en émerger.
Conçu comme un empilement de malles, le jeu des élévations du magasin Louis Vuitton d’Omotesando est axé sur un treillis de métal qui confère aux surfaces extérieures un aspect très marqué. On le doit à Jun Aoki qui n’a pas hésité à monté une ossature tridimensionnelle de plus de trente mètres de haut.
L’espagnol Santiago Calatrava est, lui, plus porté sur l’art du métissage entre le bois et l’acier, comme ce chais en forme de rectangle allongé qui ondule dans une sinusoïde de près de deux cent mètres, couverte d’un toit à effet de vagues qui combine les plans concaves et convexes le long de l’axe longitudinal. Un régal pour les yeux.
Certaines propriétés privées sont aussi mises à nues et présentées dans leur écrin, comme cet appartement parisien de 320 m2 sis près des Jardins du Luxembourg qui démontre que les espaces peuvent communiquer dans la simplicité grâce à une étude approfondie sur les matériaux et les formes. Certains éléments comme les lavabos sont des pièces uniques dessinées sur ordinateur et réalisées par des outils à commande numérique. D’autres exercices de style au Japon montrent comment se jouer de la surface. Bâtis sur de très petits terrains, ces réalisations, soit en forme d’ellipse basée sur 24 panneaux en acier autour d’un bloc central cylindrique, soit en appliquant la même rigueur mathématique mais sur un principe, cette fois, ce cube subdivisé. Ainsi au-delà de l’apparence cubique établissant que la forme de la maison est un rectangle, il existe des ouvertures visibles dans la trame extérieure qui permettent à la lumière du jour de pénétrer.
De prestigieuses réalisations nous font briller les yeux devant tant d’ingéniosité, d’audace et de talent.
A noter le Tacoma Museum of Glass, aux USA, où un gigantesque cône incliné en aluminium côtoie des panneaux de verre et des charpentes en bois naturels. Un intérieur métallique et d’extravagantes œuvres en verre de Chihuly tapissent murs et plafonds translucides qui donnent, de jour comme de nuit, un spectacle incroyable dans un flamboiement de couleurs et de formes.
Le Yokohama International Port Terminal est un clin d’œil aux pelouses inclinées de Bercy, mais surtout un jeu complexe des formes qui se plient et se déplient sur la jetée : un concept esthétique ambitieux qui montre un monde naturel artificiel dans un paysage tout de bois incliné et de vagues pliées sous les éclairages naturels qui abondent jusque dans les espaces intérieurs.
L’Espace Citroën qui verra le jour en 2005 sur les Champs-Elysées, et que l’on doit à la benjamine de l’équipe, Manuelle Gautrand : une structure de verre qui reprend le logo à double chevron et qui abritera des véhicules sur des plates-formes tournantes.
Sans oublier l’extraordinaire Fisher Center, sorte de bijou sculptural aux voiles métalliques, le Walt Disney Concert Hall de Los Angeles qui fait penser au Guggenheim de Bilbao mais aussi aux formations rocheuses naturelles, et bien d’autres encore...
Cerise sur le gâteau, la fabuleuse maison en bois de Kengo Kuma et ... le World Trade Center de Daniel Libeskind, tel qu’il a été présenté lors du concours qu’il remporta en février 2003 - ce qui suffit à faire de cet ouvrage un "collector" puisque moult informations tendent à indiquer que le projet de Libeskind sera remanié avant sa réalisation.
Voici donc un nouvel opus réussi et indispensable pour tout amoureux de l’architecture contemporaine, pour tout professionnel en mal d’informations récentes. Bien pensé, présenté avec plans et commentaires techniques, ce livre en ravira plus d’un.
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