Rentrée 04
Dis-moi ce que tu manges, je te dirais qui tu es
Attention ! Gros tirages ! Combien d’arbres en moins pour imprimer ces milliers d’exemplaires, à raison d’environ trois cents pages chacun ? Deux cent mille exemplaires pour commencer... et peut-être six cent mille si Amélie, qui reprend en quelque sorte la suite de la Métaphysique des tubes, atteint les mêmes sommets commerciaux que pour ce dernier...
Avec toujours autant de décontraction, et cette légèreté qui fait que ce petit pavé n’ira pas moisir au fond d’un tiroir, la reine Amélie nous raconte sa jeunesse. Et déjoue à nouveau, avec un malin plaisir, les convenances. La reine est aussi le Petit Prince des lettres françaises... Après s’être prise pour Dieu jusqu’à la révélation de ses trois ans, elle goûta un retour à la vie au fil des années entre verres d’alcool et dictionnaires dégustés comme d’autres se repaissent de mets raffinés. Car avoir faim de tout ce n’est pas crever la faim. Il faut s’entendre sur les mots et leur signification. Il s’agit donc de ce manque effroyable qui s’installe dans son être, de ce vide sidéral qui agit comme un aspirateur et ne cherche pas l’utopique repos mais à recouvrer une certaine réalité. Et c’est bien là tout le drame d’Amélie Nothomb : son rapport à la réalité.
Il y a du Blondin dans ce livre. Il y a aussi un regard sur la mondialisation - et ses dégâts. Un art de ciseler en une phrase le paysage du monde. Dans les coins les plus reculés de la planète. Un talent de grand reporter. Avec grâce et malice Amélie Nothomb parvient à faire le grand écart entre son monde intérieur et celui dans lequel elle vit. Elle tente de trouver sa place. Gageons qu’elle y réussira. Si ce n’est déjà fait.
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