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"Ni bleu ni vert", "Chair ou poisson", "Caméléon"... les titres des nouvelles de Brigitte Aubonnet évoquent souvent un temps en suspens, un flottement entre deux sentiments, un no man’s land entre rêve et réalité, une errance d’êtres sensibles perdus dans une vie qu’ils savent être la leur mais qu’ils ne parviennent pas vraiment à habiter. L’auteur joue avec cette ambiguïté, à la manière des enfants qui, en mimant la vie, peuvent se permettre impunément des incartades. Cela ressemble à un territoire de liberté où le dire, dépouillé du poids de la réalité, devient possible.
Alors, derrière ces phrases polies, ces mots banals, ce regard humain et respectueux porté sur ces personnages humbles surgis du quotidien, peuvent se dévoiler les peurs, le désarroi, la souffrance, la mort, à peine esquissée, comme une ombre, l’air de rien. Un fil relie solidement ces nouvelles pour en accroître l’écho : la nécessité du langage et la fuite des mots. Maria rêve de dire enfin... et se tait. Les mots se déforment sous la plume de Sébastien quand Batiste, lui, les mange depuis l’enfance. Un homme dont les cris terrorisaient son entourage subit une opération qui le rend muet et entièrement dépendant de sa fille. Viviane, cloîtrée, dialogue avec une inconnue par le truchement des bouches d’aération. Hervé déclare son amour du bout des doigts. Chez tous la difficulté d’être s’allie à celle de s’exprimer.
L’art de Brigitte Aubonnet est celui de l’évocation discrète de ces passants entraperçus que rien ne signale à notre attention et qui cachent de petits ou de grands maux qui les minent. Son langage est celui des émotions et du corps. Dans ces nouvelles, on se touche, on frémit de dégoût ou de désir. L’eau , la lumière, les sons, les couleurs apaisent parfois ou font écho à la chair désarmée qui ressent la violence, la douleur, l’amour, la solitude, l’absence dans ces étranges combinaisons que la vie provoque. Comme si l’auteur se livrait à une minutieuse exploration du corps comme révélateur de la confusion des sentiments. Avec ces personnages que la simplicité et la sensibilité de l’écriture rendent proches du lecteur, ce recueil distille une petite musique obstinée et singulière qui reste en mémoire une fois le livre refermé.
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Brigitte Aubonnet, Le Bleu des voix, éditions Le Bruit des autres, 2004, 176 p. - 13,00 €. ISBN 2-914461-44-5
Le livre est disponible en librairie, mais peut aussi être commandé directement auprès des éditions Le bruit des autres 42, rue Victor Thuillat 87000 Limoges
Joindre 13,00 € par exemplaire commandé, port gratuit. |
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