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Alain Ménargues a passé plus de dix ans au Liban comme correspondant permanent de Radio France. Il a pu ainsi connaître tous les protagonistes, approcher une certaine vérité et surtout lier des amitiés solides... Ainsi, pour un service rendu s’est-il vu confier quelques centaines de kilos de documents (notes, procès-verbaux de réunion, photos, factures... etc.) qui lui ont permis de remonter le temps, de décortiquer les événements et de les relire sous un éclairage nouveau : celui de l’authenticité. Nous voilà donc plongés dans les 722 jours les plus tragiques de l’histoire du pays du cèdre, journées noires où le sang coula souvent, où les trahisons furent légion, les innocents oubliés, les canailles anoblies. La conquête du pouvoir par Bachir Gémayel se fera au prix de nombreux morts, d’une ville martyre (Zahlé) et d’une armée en déroute bien vite remplacée par les célèbres Phalangistes, qui troqueront leur panoplie de voyous contre des armes pour fonder un ersatz d’armée qu’ils appelleront du nom pompeux de Forces Libanaises. Devant ce pays au bord de l’implosion, le jeune et fougueux maronite ne fera aucune concession et ira jusqu’à pactiser avec Israël pour chasser les Palestiniens de Beyrouth, au prix de milliers de victimes civiles innocentes.
S’en suivront les massacres de Sabra et Chatila, dont Sharon apparaît comme l’instigateur principal, avec le soutien de Bachir qui voulait raser les camps pour en faire un jardin exotique (sic). Narrée tel un roman d’espionnage à la manière de John Le Carré, l’histoire extraordinaire que nous conte Alain Ménargues met en scène des personnages aujourd’hui encore en activité ou ayant des responsabilités politiques... Le jeu était donc serré car les services de renseignements ont gardé un œil sur le manuscrit en cours d’écriture et l’on devine aisément les quelques suées glacées qui ont dû accompagner notre journaliste tandis qu’il évoquait certains secrets jamais divulgués.
Tout le défi du livre est ici : allier un style clair, une histoire romanesque qui n’est pas fictive et un suspense impitoyable ; plus qu’un roman-quête comme BHL l’avait tenté avec son livre sur l’assassinat de Daniel Pearl, ces Secrets vous brisent net sur l’arête de la réalité. Disparus les idéaux romantiques de la gauche idéologique, envolées les valeurs d’une droite conservatrice et chrétienne ; rien ne résiste à la force politique, à la volonté des chefs de clans de défendre leur tribu et d’imposer leur dictat. Le monde arabe est ainsi fait, et le Liban ne peut s’en extraire malgré la volonté farouche des chrétiens maronites de se sortir du lot ; le désir de modernité et de s’ouvrir à l’Occident n’a pas que des effets bénéfiques dans une société multiple qui brasse près d’une vingtaine de communautés religieuses incapables de cohabiter sans lutter pour leur propre survie. Le Liban était la Suisse du Moyen-Orient, un petit paradis sur terre. Mais trop d’insouciance aura eu raison de lui... Fasse que l’avenir laisse aux populations multiples - qui ont construit sa légende, sa force et sa spécificité - le temps de recouvrer leur joie de vivre pour que le Liban demeure le pays le plus accueillant du Moyen-Orient...
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| Alain Ménargues, Les Secrets de la guerre du Liban - Du coup d’Etat de Bachir Gémayel aux massacres des camps palestiniens, Albin Michel, 2004, (50 pages de documents originaux), 552 p. - 24,00 €. |
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