L’actu

La nuit du roi devenu soli­taire par son tro­pisme criminogène
Le décor faus­se­ment solen­nel laisse entre­voir plu­sieurs niveaux d’intervention des pro­ta­go­nistes. Une scène sombre se des­sine : des nuées d’orages laissent paraître un jeu de com­pli­ca­tions géo­mé­tri­que­ment inex­tri­cables. Un tableau fes­tif s’instaure sau­va­ge­ment ; la reine et ses pré­ten­dants riva­lisent de mani­fes­ta­tions impré­ca­toires, de pro­fé­ra­tions péremp­toires. Lars Edin­ger incarne un Richard III bossu, clau­di­quant, curieu­se­ment apaisé de sa réso­lu­tion malé­fique d’intriguer pour ini­tier fina­le­ment le déchaî­ne­ment de vio­lence que repré­sente l’usurpation du trône d’Angleterre.
Un micro­phone accro­ché à une ficelle élas­tique façon dys­to­pie joue le rôle d’épreuve de vérité, de reven­di­ca­tion de véra­cité, pour le machia­vé­lique pré­ten­dant. Sont ainsi intro­duites par le met­teur en scène comme d’authentiques didas­ca­lies poten­tiel­le­ment écrites par le per­son­nage principal.

La repré­sen­ta­tion sait admi­ra­ble­ment varier les atmo­sphères, entre clas­si­cisme et post-apocalyptisme, comme un métis­sage Renais­sance et hyper­mo­derne. Il en résulte une cour des miracles d’aspect baroque que l’on goû­tera ou non : il n’est pas sûr que l’esthétique de la scé­no­gra­phie soit conçue pour sus­ci­ter l’adhésion. L’ordre de la vio­lence déploie son impi­toyable logique mor­ti­fère. Tous les com­plots sont appe­lés à être déjoués peu à peu, égre­nant leur traî­née de vic­times. Lars Edin­ger s’en donne à cœur joie, déve­loppe une grande par­ti­tion à par­tir d’un registre tou­te­fois d’emblée iden­ti­fié comme une lou­fo­que­rie san­gui­naire.
Oster­meier fait jouer la déri­sion, déjoue avec adresse la gran­di­lo­quence patho­gène. Une fois roi, Richard III bouf­fonne et pro­fère des insa­ni­tés. Dans une nébu­lo­sité oni­rique, le défilé des vic­times vient railler et ren­ver­ser la nuit du roi devenu soli­taire par son tro­pisme cri­mi­no­gène. Les registres dra­ma­tique, comique, litur­gique, cho­ré­gra­phique viennent se cris­tal­li­ser en une fin pathé­tique, qui signe une mise en scène ori­gi­nale, pro­vo­cante et accom­plie de notre met­teur en scène alle­mand favori.

chris­tophe giolito

 

Richard III

de William Shakespeare

mise en scène Tho­mas Ostermeier

avec Tho­mas Bading, Robert Beyer, Lars Eidin­ger, Chris­toph Gawenda, Moritz Gott­wald, Jenny König, Lau­renz Lau­fen­berg, Eva Meck­bach, David Ruland et le musi­cien Tho­mas Witte

Tra­duc­tion Marius von Mayen­burg ; scé­no­gra­phie Jan Pap­pel­baum ; dra­ma­tur­gie Flo­rian Borch­meyer ; musique Nils Osten­dorf ; lumière Erich Schnei­der ; vidéo Sébas­tien Dupouey ;cos­tumes Flo­rence von Ger­kan ; col­la­bo­ra­tion aux cos­tumes Ralf Tris­tan Sczesny.

Au Théâtre de l’Odéon Place de l’Odéon, 75006 Paris

Du 21 au 29 juin 2017 / en alle­mand sur­ti­tré / 2h30.

Le spec­tacle a été créé le 6 juillet 2015 au Fes­ti­val d’Avignon.

Pro­duc­tion Schaubühne – Berlin.

 

Les cli­chés sont dis­po­nibles sur le site du théâtre de l’Odéon :

http://www.theatre-odeon.eu/fr/spectacles/richard-iii

 

One Response to L’actu

  1. lallemant

    Bon­jour,
    bravo pour vos com­men­taires très inté­res­sants et com­plets. Si il existe une lettre je serai heu­reuse de la rece­voir.
    Merci

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