A oublier

Ramdam ten­nis­tique

Sortant du cinéma, Daney se fit lyrique pour signi­fier l’intérêt du ten­nis. Ce sport est pour­tant des plus ridi­cules puisque les adver­saires se contentent de se pas­ser la balle disait avec jus­tesse un humo­riste. L’auteur fait néan­moins croire que Borg mit cette balle où elle n’était pas atten­due et Mac Enroe où elle n’irait théo­ri­que­ment jamais.
Bref, le texte parle de la pré­sence mys­té­rieuse des tra­jec­toires, leur fluide, onde, ondu­la­tion dans l’emprise de l’air et la puis­sance des coups.

Daney nous fait croire que ce sport est plus un exer­cice intel­li­gent qu’une cure d’idiotie. Ses idoles s’y livrent labo­rieu­se­ment, métho­di­que­ment, quo­ti­dien­ne­ment, comme à une science : des­cendre en soi, faire le vide, cher­cher à en savoir plus sur les manies et tics des ani­maux machines qui font face.
L’auteur dresse la liste de celles et ceux qui firent vibrer les afi­cio­na­dos. Il sem­blait dans de de tels  articles de cir­cons­tances vou­loir quit­ter la langue pour pas­ser aux actes des enchan­teurs de la raquette.

Mais  il reste moins théo­ri­cien éclairé qu’écrivain pra­ti­quant. Tou­te­fois, l’usage du lan­gage vise ici une sorte d’artefact : celui de  l’espace scé­nique qu’est le court de ten­nis. L’auteur fait de ses acteurs ses héros mais peuvent-ils incar­ner de véri­tables mythes ?
Il  fit feinte d’y croire. Mais il convain­cra peu ceux qui — comme l’auteur de ses lignes — res­tent tota­le­ment étran­gers à un tel ramdam.

jean-paul gavard-perret

Serge Daney, L’amateur de Ten­nis, P.O.L, réédi­tion, 2019, 384 p.

5 Responses to A oublier

  1. DO

    il demeure d’enverguRe moyenne … juste en deuxième ligne avant la fin de cet article …

  2. Myrtie

    Bon­jour,
    Votre article tombe à pic, merci pour celui-ci, votre site est sympa.

  3. Christiane Beaudoin

    Vrai­ment …
    Votre article est plus jouis­sif que le film

  4. Jacques Richard

    Votre article fait œuvre de salu­brité publique par ces temps où plus que jamais les cuistres essayent de se faire pas­ser pour des pen­seurs. Quant à la bêtise, “un sot trouve tou­jours un plus sot qui l’admire”. C’est l’éternelle his­toire de la paille et de la poutre. Merci et… encore !
    J. R.

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