A oublier

Ressem­blances — mais pas que

Erudit hélas ! quelque peu pom­peux, Gérard Wajc­man entraîne dans l’histoire de la nature morte qui struc­ture toute une par­tie de l’art voire peut-être de la pen­sée.
Pâtés, coquille, bou­quets, cor­beilles, cadavres d’animaux, bou­gies vacillantes, cas­se­roles, pipes, verres bri­sés, asperges ou autres légumes sont pro­pices à une mul­ti­tudes d’interprétations car le genre ne se super­pose pas à celui de la “vanité”. Il relie les objets et la repré­sen­ta­tion qu’en donne la peinture.

D
es objets quel­conques, le plus sou­vent, la nature morte crée une beauté. C’est là moins le sujet de la nature chose que de l’objet qui devient regard. Et ce que Ster­ling le pre­mier il y a 80 ans a car­to­gra­phié, Gérard Wajc­man le reprend en tant que “pen­sée maté­rielle” où le plus plat objet peut retrou­ver en pro­fon­deurs insoup­çon­nées là où la matière et l’esprit entrent en jeu par le pou­voir de la peinture.
 
Le livre se veut psy­cha­na­ly­tique dans la façon d’envisager l’objet comme sujet de rup­ture et de manque. Et dans son sublime par­ti­cu­lier, le genre appor­te­rait une conso­la­tion tel que Freud l’entendait — ce qui n’est vrai que par­tiel­le­ment. Ce trompe-malaise peut à l’inverse — et comme Lacan l’écrivit expli­ci­te­ment — créer de l’angoisse dans un trans­fert entre le haut et le bas, entre le médiocre, le vil et la plus haute beauté.
Et ce, dans la pein­ture romaine ou dans  l’œuvre de Pom­me­rolle ou encore de  Wim Del­voye et ses admi­rables étrons qui retrouvent là une “dignité”.
jean-paul gavard-perret
 
Gérard Wajc­man, Ni nature, ni morte : les vies de la nature morte, Edi­tions Nous, Paris, octobre 2022, 384 p. — 35,00 €.

7 Responses to A oublier

  1. DO

    il demeure d’enverguRe moyenne … juste en deuxième ligne avant la fin de cet article …

  2. Myrtie

    Bon­jour,
    Votre article tombe à pic, merci pour celui-ci, votre site est sympa.

  3. Christiane Beaudoin

    Vrai­ment …
    Votre article est plus jouis­sif que le film

  4. Jacques Richard

    Votre article fait œuvre de salu­brité publique par ces temps où plus que jamais les cuistres essayent de se faire pas­ser pour des pen­seurs. Quant à la bêtise, “un sot trouve tou­jours un plus sot qui l’admire”. C’est l’éternelle his­toire de la paille et de la poutre. Merci et… encore !
    J. R.

  5. ANNE-MARIE JEANJEAN

    Grand Merci ! Vous nous évi­ter de perdre un temps pré­cieux ! AMJ

  6. Nicolas Mathevon

    Bon­jour et merci de cette cri­tique. Etant l’auteur de “Les ani­maux parlent”, je me per­mets d’informer d’éventuels lec­teurs ou lec­trices (permettez-moi de n’oublier per­sonne… ;-) ) de l’existence d’un site web accom­pa­gnant le livre. Vous y trou­ve­rez quelques extraits (ainsi que des enre­gis­tre­ments, des films…) :
    https://mathevon0.wixsite.com/website-2/phoquebarbu
    https://mathevon0.wixsite.com/website-2/copie-de-croc
    https://mathevon0.wixsite.com/website-2/extraits
    Bon voyage sonore !
    Nico­las Mathevon

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