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Qu’elle était porno-trash ma vallée !

Autant mettre les pieds dans le plat tout de suite : âme sen­sibles et autres thu­ri­fé­raires des élans roman­tiques s’abstenir !  Avec le so fren­chy Oli­ver Bru­neau on nage de facto en pleine U.S Dirty sexy val­ley et rare­ment livre aura porté une déno­mi­na­tion aussi judi­cieuse, à l’aune des hor­reurs gore, fou­traques et per­verses ici nar­rées !
Sur fond d’été tor­ride, d’érotisme hard­core mais pas has been,  de cul sublimé et de par­touzes teen movie sans limites,  deux récits, on devrait dire deux épo­pées féroces, se croisent, avec comme déno­mi­na­teur com­mun le sexe sous toutes ses formes : clas­siques, ten­dan­cieuses, libi­di­neuses, por­no­gra­phiques, débiles, mutantes,  zoo­philes etc.


D’un côté, six étu­diants (trois gar­çons et trois filles) copains comme cochons qui décident de s’adonner, façon Ame­ri­can Pie, à une mémo­rable orgie  dans une cabane iso­lée au fond des bois afin de fêter leur récent diplôme ;  de l’autre,  une famille de per­vers dégé­né­rés (la vieille mère, les deux ogres jumeaux neu­neus en salo­pettes – Jules & Jim (sic), la petite der­nière nym­pho en diable) vivant dans une décharge  rouillée et qui lit­té­ra­le­ment culbutent et mas­sacrent tout ce qui passe au coin de leur pinède recu­lée.
Sexe pai­sible, un rien poé­tique et expé­ri­men­tal ver­sus sexe des­truc­teur, un poil cras­seux et im-monde. Voilà, le funeste et fort ciné­ma­to­gra­phique décor grind­house  est planté.

En mêlant, à la béton­neuse livresque cra­dingue, le sexe, l’horreur et l’humour noir, autant dire la pisse, le foutre et la sueur, Dirty sexy val­ley, foin de toute limite et hors de toutes bornes,  assume sa jouis­sive relec­ture de la dua­lité freu­dienne entre Eros et Tha­na­tos. Sur le modèle expli­cite de « Tucker and Dale Vs Evil » (2010) d’Eli Craig, paro­die de film d’horreur hila­rante repre­nant les cli­chés du genre pour mieux les détour­ner, le potache Bru­neau s’empare des canons fon­da­teurs du film d’horreur au pays des tarés  (on pense évi­dem­ment à Mas­sacre à la tron­çon­neuse de Tobe Hoo­per) et du sla­sher gore pour livrer sa propre ver­sion coun­try style de la déca­dence amé­ri­caine.
Sur fond de pon­cifs du cinéma porno ita­lien  70’s et de musique rin­garde au pos­sible, on a droit à la bonne vielle rasade pas rasoir pour un sou de cras­seuses che­mises de bûche­ron, de méchantes cas­quettes vis­sées sur l’occiput (pour ne pas dire l’os qui pue)  au sur­plomb de chi­cots bien des­troy, de pick-ups sur­di­men­sion­nés à l’instar du vit en rut  de ces bons mes­sieurs ultra-violents et ama­teurs de tor­tures en tous genres, of course !

Sans vou­loir défleu­rer l’inventivité nar­ra­tive et déli­rante de Bru­neau, qui repose avec maes­tria sur une plume trem­pée dans moult sécré­tions et excré­tions,  disons que le lec­teur curieux pourra décou­vrir en ces pages nanar-poisseuses fort olfac­tives et visuelles, et notam­ment aux confins pes­ti­len­tiels de la cave muséale macabre de nos consan­guins red­necks,  d’intenses gorges pro­fondes, des péné­tra­tions com­pul­sion­nelles diverses et variées (par­fois ava­riées), des viols tous azi­muts (dont cer­tains à l’aide d’outils DIY), des sodo­mies hénaurmes (osera-ton citer un désor­mais antho­lo­gique per­fo­rage d’anus au gode-perceuse ?), du bon­dage for­cené, de la cas­tra­tion arti­sa­nale, des élans aussi inces­tueux que nécro­philes, des éja­cu­la­tions faciales dont l’une fatale et de la zoo­phi­lie fré­né­tique (au choix, avec mouches, chèvre, gel vache …et même un ours tar­dif mais qu’on sup­pose bien doté par dame nature).

A l’enseigne du désir et de la las­ci­vité, l’hémoglobine et la cyprine coulent donc à flots dans cette série  d’X deve­nue Z (rien d’étonnant quand l’on sait que céans cer­tains vagins se découpent au cou­teau de chasse avant de bai­gner dans des bocaux à for­mol) et qui met à bas sans état d’âme l’ensemble des codi­fi­ca­tions moralo-sociales régis­sant nos com­mu­nau­tés.
En cette mon­tagne farcesque-cauchemardesque, le natu­rel bes­tial auto­des­truc­teur, chassé par l’oppressive culture WASP, revient bien au galop et traque sans pitié aucune le moindre rudi­ment de repré­sen­ta­tion consciente et ration­nelle. Por­trait à l’huile de vidange de l’Homme en dégé­néré ? C’est celui qui dit qui l’est.

fre­de­ric grolleau

Oli­vier Bru­neau, Dirty sexy val­ley, Le Tri­pode, 01/06/2017, 250 p. – 16,00 €.