Maurice Denis, La leçon des maîtres

Le plus théo­ri­cien des Nabis

Maurice Denis fut non seule­ment une des figures majeures de Nabis mais l’incomparable vir­tuose des acro­ba­ties théo­riques.
Rare théo­ri­cien au milieu de peintres plus prag­ma­tiques, Denis inti­tule un de ses essais Du Sym­bo­lisme et de Gau­guin vers un nou­vel ordre clas­sique, c’est tout dire : issu des mou­ve­ments radi­caux du sym­bo­lisme et des Nabis, influencé par le révo­lu­tion­naire Gau­guin, Denis aspire néan­moins à un clas­si­cisme apaisé, conser­va­teur et reli­gieux. Il ne refuse pas le sujet, mais le veut moins maté­ria­liste, moins réa­liste en un art auto­nome par rap­port à la nature.

Les textes réunis ici et les peintres qu’ils ana­lysent prouve que l’art, écrivait-il, “est une créa­tion de notre esprit dont la nature n’est que l’occasion ». Denis fut d’ailleurs tenté un temps par une veine abs­traite, mais il renonça à cette ten­ta­tion, en s’opposant par exemple au Matisse de 1905. Ici, Denis n’insiste jamais sur la moti­va­tion reli­gieuse, catho­lique.
Res­tant fixé à l’esthétique pure, il montre que les grands artistes ne se défont pas du sujet. C’est pour­quoi lui-même ne renonça jamais à la pein­ture figu­ra­tive pour s’attacher à la seule maté­ria­lité de la pein­ture au moment où bien d’autres pour qui il avait d’ailleurs peu de consi­dé­ra­tion le faisaient.

Et Mau­rice Denis d’affirmer néan­moins : “se rap­pe­ler qu’un tableau – avant d´être un che­val de bataille, une femme nue, ou une quel­conque anec­dote – est essen­tiel­le­ment une sur­face plane recou­verte de cou­leurs en un cer­tain ordre assem­blée”. Bram Van Velde le rap­pel­lera dans une autre for­mule célèbre : “Ce que j’aime dans la pein­ture c’est que c’est plat”.
Ajou­tons qu’il existe par ailleurs un hia­tus entre sa vision théo­rique radi­cale de la pein­ture et son oeuvre elle-même, sym­bo­liste, Nabi, figu­ra­tive, et aussi très religieuse.

jean-paul gavard-perret

Mau­rice Denis, La leçon des maîtres, pré­face, éta­blis­se­ment des textes et anno­ta­tions de Juliette Sol­vès, Fata Mor­gana, Font­froide le Haut, 2024, 136 p, — 21, 00 €.

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