Anthologie bilingue de la poésie latine

Sans perdre son latin — de Homère à Quignard

Philippe Heuzé — avec la col­la­bo­ra­tion d’André Daviault, Syl­vain Durand, Yves Her­sant, René Mar­tin et Etienne Wolf — offre une com­pi­la­tion au titre trom­peur. La lec­trice ou le lec­teur s’attend sans doute à une antho­lo­gie des grands auteurs latins stricto sensu.
Certes, il  ne sera pas déçu car ils sont pré­sents : se retrouvent dans des tra­duc­tions nou­velles Plaute, Térence, Cicé­ron, Lucrèce, Catulle, Vir­gile, Horace, Tibulle, Pro­perce, Ovide, Sénèque, Lucain, Pétrone, Mar­tial, Stace, Juvé­nal, Pria­pées ano­nymes et choix d’épitaphes.

Mais les auteurs de l’édition ne se sont pas conten­tés de ce “peu” qui pour­rait être à lui seul un tout. Leur objet et objec­tif dépassent les temps de la Rome antique. Le latin lui sur­vé­cut. Et la chute de la cité ne fut pour lui qu’une anec­dote.
Pen­dant plus d’un mil­lé­naire, la langue de la phi­lo­so­phie, de la reli­gion, des sciences, de la poé­sie reste le latin — qu’on nomme par­fois “bas” mais qui ne l’était pas tou­jours. Tant s’en faut.

Si bien que ce livre ramène à nous pour les célé­brer non seule­ment les auteurs cités mais bien d’autres. Les poètes païens des IIIe et IVe siècles, dont Ausone et Clau­dien ; les poètes chré­tiens de l’Antiquité et du Moyen Âge — de Lac­tance à Tho­mas d’Aquin — sont pré­sents.
S’y ajoutent des poèmes sati­riques, moraux ou reli­gieux, des Car­mina Burana, la poé­sie éro­tique du Chan­son­nier de Ripoll, les poètes de l’humanisme et de la Renais­sance, notam­ment Pétrarque, Boc­cace, Poli­tien, Érasme, l’Arioste, Gior­dano Bruno, Joa­chim Du Bel­lay et bien d’autres. On regrette sim­ple­ment l’impasse sur un des maîtres de la Pléiade (enten­dons l’école), Pon­tus de Tyard. Mais à l’impossible aucune antho­lo­gie n’est tenue…

Certes, à mesure que temps passe, la langue latine n’évolue plus ou peu. Le Moyen Âge invente de nou­veaux sys­tèmes ryth­miques, la rime appa­raît mais la métrique clas­sique ne dis­pa­raît pas. Cepen­dant et même en s’étiolant peu à peu, le latin et son usage ne sont pas consi­dé­rés — du moins chez les let­trés — comme d’abolis bibe­lots sonores et scrip­tu­raux.
Un tel ouvrage reste une archéo­lo­gie pré­cieuse et des plus pas­sion­nante qui soit car elle nous ramène aux temps les plus récents. Avec Rim­baud com­po­sant “Ver erat…” . Mais il n’est pas le seul à prendre cette langue — plus creu­set que tierce — pour nour­rir la mater­nelle. Bau­de­laire, Gio­vanni Pas­coli lui tiennent com­pa­gnie. Et ce, jusqu’à Pas­cal Qui­gnard qui n’a cesse de reve­nir s’alimenter à cette source d’où jaillirent — entre autres — ses Petits Trai­tés.

jean-paul gavard-perret

Antho­lo­gie bilingue de la poé­sie latine, édi­tion de Phi­lippe Heuzé, Biblio­thèque de la Pléiade, Gal­li­mard, Paris, 1920 p., 2022 — 65,00 €.

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