Benjamin Black, La Disparition d’April Latimer

Le doc­teur Quirke est de retour, la décep­tion aussi

En recen­sant dans ces pages le pre­mier volet des aven­tures de Quirke, le « double iras­cible et irré­sis­tible » de Ben­ja­min Black, alias John Ban­ville (voir Les Dis­pa­rus de Dublin), je fai­sais part de ma per­plexité quant à la dif­fé­rence de qua­lité entre la plume sou­vent magis­trale de Dr Ban­ville et celle désor­mais noire de Mr Black, espé­rant être agréa­ble­ment sur­prise par la suite annon­cée. Elle est arri­vée en début d’année, avec La Dis­pa­ri­tion d’April Lati­mer, mais n’a mal­heu­reu­se­ment pas réussi à rat­tra­per des débuts déce­vants.
Mal­gré une ouver­ture réus­sie (on sait com­bien l’incipit, et notam­ment la pre­mière phrase d’un roman, est impor­tante) : « On était au plus fort de l’hiver et April Lati­mer avait dis­paru », toute en sim­pli­cité, voire avec une cer­taine rudesse qui n’était pas sans rap­pe­ler le style du grand Ban­ville, annonce aussi du froid humide et péné­trant qui par­court le roman ), ce deuxième volet reste en-deçà de ce que l’on pour­rait attendre d’un bon polar, sur­tout écrit par Banville.

Son per­son­nage de Quirke, méde­cin légiste tou­jours aussi désa­busé et en proie à ses anciens démons (l’alcool, la soli­tude) mal­gré un récent séjour en cure de dés­in­toxi­ca­tion et mal­gré ses ten­ta­tives de récon­ci­lia­tion avec la vie (son amou­rette avec Isa­bel Gal­lo­way, la jolie actrice par ailleurs amie de sa fille, à laquelle, au pas­sage, on a peine à croire ; sa déci­sion d’acheter une superbe Alvi alors qu’il n’a pas le per­mis de conduire ; ses retrou­vailles ami­cales avec Mala­chy et l’encore belle Rose), se retrouve face à une mys­té­rieuse dis­pa­ri­tion. Sa fille, Phoebe, s’inquiète de n’avoir plus de nou­velles de son amie April, ce dont bizar­re­ment leurs autres amis com­muns, « la petite bande », ne semblent pas trop se sou­cier, étant donné le carac­tère d’April – que tout le monde se garde bien de qua­li­fier trop pré­ci­sé­ment.
Ajou­tez à cela la famille Lati­mer, dont un poli­ti­cien en vue, une mère aca­riâtre, un frère pois­seux et un père appa­rem­ment indif­fé­rent, des gens biens sous tous rap­ports et sur­tout très atta­chés aux appa­rences, et vous com­pren­drez que peu de gens s’intéressent à cette sou­daine et inex­pli­cable absence. Avec l’aide de son ami l’inspecteur Hackett, Quirke s’attaque au pro­blème Lati­mer, sans tou­te­fois faire montre d’un enthou­siasme débor­dant, ce que d’ailleurs sa fille lui reproche.

Ce manque de fièvre, jus­te­ment, tra­hit sans doute un peu l’état d’esprit de l’auteur, allez savoir, mais en tout cas il est assez conta­gieux. Alors que le mys­tère enve­loppe la vie d’April comme le brouillard sur Dublin, le lec­teur com­mence à se lais­ser engluer par l’atmosphère. Pesante mais pas assez pour être cris­pante, froide, humide, obtuse. Mais si ces carac­té­ris­tiques sont sou­vent rap­pe­lées – les allu­sions à la météo sont nom­breuses notam­ment – elles ne sont pas vrai­ment res­sen­ties. Il ne suf­fit pas de dire qu’il pleut et qu’il fait froid sur Dublin pour que le lec­teur fris­sonne (« Ils écou­tèrent le bruit sibi­lant de la pluie contre les car­reaux » p. 134).
Certes la lec­ture du roman n’est pas désa­gréable, mal­gré des choix de tra­duc­tion par­fois un peu lourds en fran­çais, les per­son­nages pour­raient être atta­chants s’ils étaient un tout petit peu plus creu­sés, cer­tains pas­sages sont même assez savou­reux, mais tout cela ne suf­fit pas à faire un polar efficace.

agathe de lastyns

Ben­ja­min Black, La Dis­pa­ri­tion d’April Lati­mer, tra­duit de l’anglais (Irlande) par Michèle Albaret-Maatsch, coll. Détec­tives , Nil, jan­vier 2013, 372 p. — 20,00 €

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Filed under Pôle noir / Thriller

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