Les projections mentales de Philippe Chitarrini — entretien avec l’artiste

Ardé­chois coeur fidèle, Phi­lippe Chi­tar­rini pour­suit un tra­vail sin­gu­lier et mini­ma­liste en un che­mi­ne­ment per­son­nel, libre, effi­cient et rigou­reux. Pans et tra­cés retiennent ou écartent ce qui se nomme com­mu­né­ment “choses vues” là où l’artiste offre une vérité qui se veut tou­jours proche du réel et sa méta­mor­phose que du sym­bole.
Une appa­rente sim­pli­cité de fac­ture entraîne ten­sion et résis­tance. Créer reste pour un tel artiste une sinon la manière pre­mière d’exister.

Entre­tien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
L’envie de créer, de concré­ti­ser ce que j’ai visua­lisé durant une phase de som­meil léger. Beau­coup de pro­jets sont nés de cette manière. Les images m’apparaissent dans ma tête, comme des espèces de pro­jec­tions mentales.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
J’essaie d’en concré­ti­ser le plus pos­sible. J’ai tou­jours rêvé grand… Tant pis pour les rêves qui ne se réa­lisent pas. Ils sont déjà mer­veilleux à l’état de rêves.

A quoi avez-vous renoncé ?
À aller ren­con­trer Léo Cas­telli à New-York. J’en rêvais et je n’en ai pas eu le cou­rage ni les moyens finan­ciers à l’époque. J’étais cer­tai­ne­ment trop jeune.

D’où venez-vous ?
Je ne sais pas d’où je viens, ni où je vais d’ailleurs… J’aimerais sans doute le savoir mais, au fond de moi-même, je suis cer­tain que j’en serais effrayé.

Qu’avez-vous reçu en “héri­tage” ?
L’amour du tra­vail bien fait et de la nature.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Peindre et des­si­ner sont des néces­si­tés pour moi. Mar­cher dans la nature, pagayer dans les gorges de l’Ardèche et nager dans l’étang de Thau sont mes petits plaisirs.

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres artistes ?
La sin­gu­la­rité de mon tra­vail et ma grande sim­pli­cité. J’ai tou­jours fait ce que j’avais à faire dans mon coin sans me sou­cier des autres. Mon but pre­mier n’était pas de deve­nir une star, mais de créer une oeuvre cohérente.

Com­ment définiriez-vous votre approche du réel ?
J’ai une approche très for­melle du réel. Je passe mon temps à l’observer et je n’enregistre sou­vent que ce qui peut me ser­vir dans mon tra­vail de plas­ti­cien. Je n’attribue aucune por­tée sym­bo­lique aux choses qui nous entourent.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
Une repro­duc­tion d’une oeuvre de Cana­letto (Venise, Santa Maria della Salute) qui était accro­chée au-dessus du lit dans lequel je dor­mais lorsque, enfant, j’étais chez mes grands-parents. La magni­fique lumière et la rigueur de la com­po­si­tion de ce mer­veilleux tableau m’impressionnaient beau­coup. Ensuite, il y a a eu une Green Tar­get de 1955 de Jas­per Johns et la salle des Matisse de Beaubourg.

Et votre pre­mière lec­ture ?
Pif Gad­get ! Et plus sérieu­se­ment, Les Fleurs du mal de Baudelaire.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Gains­bourg, Thié­faine, Bashung, The Rol­ling Stones, Shaka Ponk, The Clash, …

Quel est le livre que vous aimez relire ?
“Seule Venise” de Clau­die Gal­lay et un Phi­lippe Djian du début.

Quel film vous fait pleu­rer ?
Il y en a plu­sieurs : “Mil­lion Dol­lar Baby” et “Invic­tus” de Clint East­wood, “Billy Elliot” de Ste­phen Dal­dry, “Birdy” d’Alan Par­ker, “Les Ailes du Désir” de Wim Wenders…

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Une per­sonne qui aime la vie, qui a de l’énergie et beau­coup de pro­jets à réaliser.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A Léo Cas­telli… et à d’autres gale­ristes pour pré­sen­ter mon travail.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Un lieu que je connais très bien, puisque j’y habite : les gorges de l’Ardèche. Pour sa magie d’une part, et par rap­port au fait qu’il s’agit d’un haut lieu de la pré­his­toire, avec tous les mys­tères, les légendes et les rêves qui l’accompagnent.

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Ells­worth Kelly, Brice Mar­den, John Mac Cra­cken, Oli­vier Mosset…

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Un grand ate­lier… et un petit chat. J’ai tou­jours adoré les grands espaces. Je me sens très mal à l’aise dans les endroits exi­gus pour vivre et tra­vailler. En ce qui concerne les ani­maux, je ne les ai jamais choi­sis. Ils se sont tou­jours impo­sés à moi. Ce sont eux qui me choi­sissent. Ils sont très impor­tants dans ma vie.

Que défendez-vous ?
La liberté, la nature et les êtres que j’aime.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
Mis à part qu’elle me ren­voie à mon enfance et à une cer­taine forme d’abandon ou de manque, cette phrase m’est très désa­gréable dans sa for­mu­la­tion, sur­tout pour une défi­ni­tion de l’amour. Elle n’est faite que de néga­tions. Elle ne com­porte rien de posi­tif. L’amour, pour moi, se défi­nit autrement.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?“
J’ai appris au fil du temps à savoir dire non, à faire des choix. Si, à pré­sent, je ne sais pas exac­te­ment ce que je veux, je sais ce que je ne veux pas.

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
Pour­quoi peindre des monochromes ?

Pré­sen­ta­tion et entre­tien réa­lisé par jean-paul gavard-perret pour leitteraire.com, le 9 avril 2022.

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