Ella Balaert, Le Contrat

Montage baroque

Ella Balaert crée une fic­tion com­pli­quée mais à consi­dé­rer  avec inté­rêt car l’auteure place son lec­teur dans une loge d’opéra pour assis­ter aux intrigues méphis­to­phé­liques qui nouent les quatre per­son­nages prin­ci­paux.
Jeanne Bou­cher écri­vaine entre­tient un lien vis­cé­ral avec l’écriture, son édi­teur qui lui pro­pose un contrat faus­tien ; un  bru­meux réa­li­sa­teur va le sin­ger auprès d’une Marie-Madeleine impudente.

Nous assis­tons donc bien à une sorte d’opéra-bouffe à mul­tiples facettes, pièges, fausses pistes dans un mon­tage baroque non sans iro­nie de la part d’une auteure domp­teuse de “noir de café” qui se retrouve en par­tie dans Jeanne dont “l’absence est conta­gieuse. Où elle est les choses ne sont plus. Où elles sont elle n’existe pas”.
Dès lors et for­cé­ment, la fic­tion va ten­ter de com­bler les défauts d’un réel qui a ten­dance à se dis­si­per dans les nuages.

Tirée par les pieds par ses per­son­nages, l’auteure tente de ne pas se lais­ser faire même si elle les sauve in extre­mis entre reven­di­ca­tion de l’identité et jeu (dan­ge­reux ?) de soli­da­rité. Tout oscille entre la chèvre et le chou. Et les ani­maux humains tentent de sor­tir des mains des Méphis­to­phé­lès séduc­teurs de “Faus­tine” qui risque de se retrou­ver nulle et non ave­nue.
Les uns et les autres au besoin s’amusent à croire ce qu’ils ne pensent pas for­cé­ment, en navi­guant entre rêve et réa­lité au milieu de ten­ta­tive de caté­go­ri­sa­tion voire de consi­dé­ra­tion éty­mo­lo­gique de cer­tains mots salaces (mais juste ce qu’il faut) et sur­tout une approche de chants du cygne là où la lit­té­ra­ture a à faire avec la mort.

Reste à savoir qui tire les bonnes ficelles dans ces varia­tions aussi sérieuses que far­cesques entre tra­gé­die et comé­die. Un tel baro­quisme donne à réflé­chir, à réagir, à com­prendre les acteurs d’un tel imbro­glio.
Il y a là du Colette, du Madame de Sévi­gné ou de l’Edith Whar­ton dans de telles inci­ta­tions voire pro­vo­ca­tions là où l’amour lui-même ne semble pas s’aimer beau­coup eu égard à ceux (et celles) qui le cultivent ou le saccagent.

Restent néan­moins bien des inter­ro­ga­tions sur ce qu’est le réel. Ou ce qu’il n’est pas.
Ce qui n’empêche pas de fina­le­ment trin­quer à l’amour. Per­sonne n’est parfait…

jean-paul gavard-perret

Ella Balaert, Le Contrat, Des femmes — Antoi­nette Fouque, Paris, 3 février 2022, 400 p. — 20,00 €.

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