Solness le constructeur (Henrik Ibsen/Alain Françon)

Le drame est écha­faudé comme une cathé­drale gothique, avec ses flèches et son excès de lumière

On découvre un ate­lier d’architecte, des employés affai­rés, puis son patron, sûr de lui. Les rap­ports hié­rar­chiques, qui sont pré­sen­tés de façon huma­niste, ne manquent pas d’installer une ten­sion per­cep­tible. La situa­tion, bien que fai­sant inter­ve­nir les per­son­nages en toute sim­pli­cité, pose insi­dieu­se­ment la ques­tion du sens de leur pré­sence. Les indi­vi­dus sont pré­sen­tés sous leur aspect essen­tiel ; ils paraissent pola­ri­sés par leur propre atti­rance, qu’ils semblent décou­vrir et explo­rer pro­gres­si­ve­ment. Cha­cun donne à res­sen­tir l’excès des aspi­ra­tions qu’il porte – ou a por­tées – sur la posi­tion qui est la sienne. Le décor pivote au milieu de la repré­sen­ta­tion : l’atelier est vu côté jar­din ; la scène est alors le théâtre du bas­cu­le­ment de la vie du construc­teur. 


I
l s’agit, comme sou­vent chez Ibsen, d’exhiber les inhi­bi­tions, les ambi­tions dans leurs frus­tra­tions quo­ti­diennes et leur déploie­ment iné­luc­ta­ble­ment tra­gique ; en l’occurrence les fer­veurs de l’architecte Sol­ness tou­jours débor­dant d’appétits insa­tiables. L’apparition d’un ange inflé­chit le pro­pos : la pièce se trans­forme en huis clos pré­sen­tant le duel de la pesan­teur et du rêve. Le construc­teur est placé par cet esprit révé­la­teur face à ses contra­dic­tions. Wla­di­mir Yor­da­noff et Ade­line d’Herny en pro­fitent pour pré­sen­ter un magni­fique duo d’acteurs. Le drame est écha­faudé comme une cathé­drale gothique, avec ses flèches et son excès de lumière. Il déve­loppe selon une varia­tion ténue un équi­libre de ten­sions. Alain Fran­çon signe dans son ancien théâtre une mise en scène effi­cace, nuan­cée, déli­cate, d’une pièce dif­fi­cile, farouche, sans concessions.

chris­tophe giolito


Sol­ness le construc­teur
de Hen­rik Ibsen
mise en scène Alain Françon

avec Gérard Chaillou, Adrien Gamba-Gontard, Ade­line D’Hermy, Agathe L’Huillier, Michel Robin, Domi­nique Vala­dié, Wla­di­mir Yordanoff

à La Col­line, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris 01 44 62 52 52

http://www.colline.fr/fr/spectacle/solness-le-constructeur

Tra­duc­tion Michel Vit­toz ; dra­ma­tur­gie Adèle Cha­niol­leau ; décor Jacques Gabel ; lumière Joël Hour­beigt ; cos­tumes Anne Autran et Patrice Cau­che­tier ; musique Marie-Jeanne Séréro ; son Daniel Deshays.

Pro­duc­tion Théâtre des nuages de neige, La  Col­line — théâtre natio­nal, Comé­die de Reims – CDN, Théâtre des 13 vents – CDN de Mont­pel­lier.

Tour­née Comé­die de Reims du mardi 5 au ven­dredi 8 mars 2013, Théâtre des 13 Vents, Mont­pel­lier, du mardi 12 au samedi 16 mars 2013.

 

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