Jean-Claude Hauc : Parades — entretien avec l’auteur (Les Remembrances de l’enseignant à la retraite)

Avec le temps tout s’en va. Sauf peut-être l’écriture. Elle met plus de temps à nous quit­ter que le reste. Et lorsque le corps marche moins bien et avant que la tête ne se rouille com­plè­te­ment, elle reste grouillante de coas­se­ments même aux heures gelées des temps sans caresses. La lit­té­ra­ture éveille ainsi des rai­son­ne­ments oni­riques où se touchent l’intime et le sin­gu­lier.
Hauc y a tou­jours greffé la ques­tion de l’élan lié aux lamelles de la mémoire. Pour en rap­pe­ler la ron­deur. Ce qui ne veut pas dire que les mots s’apprivoisent. Mais l’auteur sait sau­ter à la corde avec eux et avec bien des demoi­selles. Que reste-t-il de leurs parades sinon les phrases errantes qui les harcèlent ?

Entre­tien :

Qu’est-ce qui vous fait vous lever le matin ?
La force de l’habitude.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Oubliés depuis longtemps.

À quoi avez-vous renoncé ?
À deve­nir riche et célèbre.

D’où venez-vous ?
D’une famille petite-bourgeoise du Midi de la France.

Qu’avez-vous reçu en « héri­tage » ?
Peu de choses, en vérité. J’ai dû me for­ger un tem­pé­ra­ment de pirate.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Me pro­me­ner tout seul dans une ville d’Italie.

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres écri­vains ?
J’ai bien peur de res­sem­bler à nombre d’entre eux.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
Je suis depuis tou­jours un ama­teur d’images de supplices.

Et votre pre­mière lec­ture ?
Elles sont trop nom­breuses pour que je me sou­vienne de l’une d’entre elles.

Quelle musique écoutez-vous ?
Celle de Bach, les trois opé­ras de Mozart et Da Ponte et quelques perles de Vien­nois bien déjantés.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
“L’Odyssée”.

Quel film vous fait pleu­rer ?
Aucun dont je me souvienne.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Un étran­ger aux che­veux gris qui me res­semble comme un frère.

À qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Au Père Noël.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous une valeur de mythe ?
Rome.

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Goya, Bacon, Sade et Bataille.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Un fla­con de poi­son pour le jour où je déci­de­rai de me suicider.

Que défendez-vous ?
La liberté sous toutes ses formes.

Que vous ins­pire cette phrase de Lacan : « L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » ?
Une excel­lente défi­ni­tion de l’amour.

Que pensez-vous de celle de Woody Allen : « La réponse est oui, mais quelle était la ques­tion » ?
Au-delà du non­sense qu’affectionne le cinéaste, je songe à la fin du mono­logue de Molly : « … et oui j’ai dit oui je veux bien Oui. »

Entre­tien et pré­sen­ta­tion réa­li­sés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 23 novembre 2021.

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