Didier Ayres, Cahier Expérience, 7

Les textes qui forment le cahier Expé­rience ont été conçus pour la publi­ca­tion vir­tuelle sur la Toile. Ils sont donc un exer­cice de la vélo­cité, au pré­sent. Cela n’enlève en rien le tra­vail de recons­truc­tion du livret depuis le manus­crit, réservé exclu­si­ve­ment au Web. J’ai pensé que cette aven­ture litté­raire en ligne se rap­pro­che­rait peut-être de l’écriture de Paci­fic 231, sorte de calque de la musique savante sur un objet de la moder­nité, ici dans le sens inverse, créée pour, vers une tech­no­lo­gie comme sup­port.
Je tra­vaille donc au fur et à mesure pour livrer ces textes, qui sont des points de vue par­fois abs­traits sur ma connais­sance du monde.

Parce que je marche

mon lin­ceul me rattrape

Ado­nis

 

À dire vrai, il n’y a pas de com­pré­hen­sion mais des mys­tères qui s’agglutinent en mys­tère, en mys­tère de mys­tères.
Tout comme la vie humaine. Tout comme les ques­tions sur le des­tin, sur la source et la fin de toute vie.

Cepen­dant une force pousse vers la clarté. Même au milieu de la caverne ima­gée, les images donc sont des réa­li­tés, la suie d’un feu, une exis­tence, une plas­tique où la fumée des­sine des ombres et des zones claires — à la façon des des­sins de Hugo.
Et afin d’aller vers le clair, il faut la puis­sance solaire.

Par­fois je n’ai rien et ce rien me justifie.

Je suis pré­sent, car écrire rend pré­sent, à la fois au milieu du manus­crit, dans la dac­ty­lo­gra­phie, dans la relec­ture, dans le tra­vail d’épure, je suis pré­sent.
Puis, de là, le lec­teur donne son pré­sent lui aussi, le mêle au temps arrêté du poème.

Si j’observe ma démarche, si elle paraît dis­tante et presque sans chair, c’est parce que le corps est absent ici, il ne sur­vit pas. Mais, plus pro­fon­dé­ment, je suis actuel à mon texte, pré­sent à lui. Donc, la nudité se sub­sti­tue au peu d’informations, au peu de contin­gences dont je ne fais pas état.
J’ai trop parlé du bureau, de la chambre d’écriture quand la vérité ne cède pas dans ce cli­mat nar­ra­tif. Je ne narre rien. Je fais état de la pensée.

Logique, lan­gage, apprentissage.

Ton visage est silen­cieux comme mon visage.
Toute­fois, cette ten­ta­tive pour réduire au plus serré, au plus impor­tant le flux de la pen­sée, son exis­tence in vivo, la seule démarche est d’évider et de rete­nir, de rendre absent et de me mani­fes­ter par omni­pré­sence.
Pourrais-je dire : ce des­tin qui vient à moi est l’unique trace de des­ti­na­tion vers le futur ? Donc, des­ti­née cal­quée sur un mou­ve­ment, la réa­lité d’un dyna­misme, d’un écou­le­ment, d’une varia­tion, d’un tremblement.

Quels sont ainsi les stig­mates du corps ? car un corps pour­suivi n’est pas un corps, une marche hâtive n’est pas une marche, une mort vou­lue n’est pas une mort.
La volonté ici ne compte pas.

La voie lac­tée est un man­teau d’étoiles, une cape de lumière spirituelle.

didier ayres

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