Bertrand Busson, Le Phyto-analyste

N’en fai­sons pas un chou-fleur !

L’ argu­men­taire de presse et la 4ème de cou­ver­ture sont plu­tôt allé­chants puisqu’on nous y vend ce roman comme « Une petite bombe d’originalité et d’humour. Le pre­mier thril­ler bota­nique – et éco­lo­gique – de la lit­té­ra­ture. » Rien de moins. L’originalité est peut-être au rendez-vous et les pre­mières pages, agré­men­tées de quelques sen­tences savou­reuses, sont agréables en ce sens ; hélas ! , l’ensemble tourne vite court et l’on reste sur sa faim.
C’est d’autant plus dom­mage que l’idée de départ consis­tant à mettre en scène les inves­ti­ga­tions d’un spé­cia­liste de la com­mu­ni­ca­tion des plantes (les­quelles ser­vi­raient de miroir à l’inexorable dégé­né­res­cence en cours de l’humanité) est au moins amu­sante, pour ne pas dire « par­lante », en ce qu’elle auto­rise des rap­pro­che­ments par­fois sau­gre­nus certes mais sou­vent sti­mu­lants, à la limite de la cri­tique phi­lo­so­phique. Ainsi, quand notre « phyto-analyste », Ger­main Tza­ri­cot le bien nommé, retrouve ces plants anéan­tis par une mys­té­rieuse pour­ri­ture dans son appar­te­ment et que la conta­mi­na­tion s’étend bien­tôt à la gent humaine, le lec­teur est encore prêt à cré­di­ter l’auteur d’une forme de cohé­rence, au nom du bon vieux prin­cipe de cha­rité herméneutique.

Il l’est moins dès que le récit s’interrompt toutes les deux pages pour glis­ser, avec la sub­ti­lité obvie d’un bao­bab trô­nant au mitan d’un par­king de centre com­mer­cial, des cita­tions du « botaniste-philosophe » de père du héros, pro­cédé aussi répé­ti­tif que sys­té­ma­tique dont la lour­deur  — qu’ils sont exas­pé­rants ces “Père disait/pensait/croyait que” à tout bout de champ —  entrave la pro­gres­sion de l’histoire, elle-même acca­blée, sans espoir de rémis­sion aucun, par des rebon­dis­se­ments qui appa­raissent azi­mu­tés quand ils rêve­raient d’être tous azi­muts…
Le texte se perd dans les rela­tions entre les per­son­nages impro­bables qui constellent l’univers du phyto-analyste, sur­chargé par un humour façon polar Le Poulpe, mais qui ne prend jamais vrai­ment ici tant il se donne comme un pré­texte expé­di­tif pour ne pas avoir à creu­ser davan­tage le coeur de l’intrigue et « plan­ter » l’intrigue dans un ter­reau plus sophis­ti­qué que celui, fort sophis­tique, qui nous est céans offert.

L’on s’interroge alors à bon droit devant cette farce inabou­tie et mal maî­tri­sée, aux dia­logues qui sonnent faux et sur­an­nés : ce n’est pas parce que le pre­mier édi­teur de Bus­son (Mar­chand de feuilles en 2012) a cru à la vertu (médi­ci­nale ?) de ce roman pous­sif (faut-il y voir un ultime clin d’oeil, incons­cient selon nous, aux plantes alen­tour qui dépé­rissent ici ?) de la part d’un auteur qui n’a rien d’un buis­son ardent que les édi­tions Car­nets nord/Montparnasse devaient le reprendre tel quel, sans un tra­vail mini­mal pour l’épurer ou le den­si­fier là où il le fal­lait. C’était vrai­sem­bla­ble­ment pos­sible mais, là, l’insipidité atteint ses limites et le roman nous tombe des mains à la page 85 — ce qui fait qu’il se dis­tingue, au moins sous cet angle, du “diag­nos­tic” dont Freud dit, selon l’auteur (p. 32), que plus il est aber­rant, plus il peut être légué à la pos­té­rité. Le Phyto-analyste, loin d’être le nou­veau fleu­ron de la lit­té­ra­ture,  n’est que l’ombre por­tée du Père de la psy­cha­na­lyse, c’est déjà ça de gagné.
Bref, car­ton vert !

 fre­de­ric grolleau

Ber­trand Bus­son, Le Phyto-analyste, Car­nets nord/ édi­tions Mont­par­nasse, 2013, 256 p – 17,00 €.

1 Comment

Filed under On jette !, Romans

One Response to Bertrand Busson, Le Phyto-analyste

  1. François Xavier

    Ben déjà cela ne peut pas être le pre­mier thril­ler bota­nique vu que ce serait plu­tôt L’homme bam­bou paru au Seuil, dans la col­lec­tion Fic­tion & Cie voilà déjà quelques temps… Ah ces édi­teurs et leur qua­trième de couv à la noix…

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