Angèle Casanova & Jacques Cauda, Maman, Maman, j’ai rêvé de l’ours

Star­dust Memories

Le regard croisé tel qu’il émane dans ces superbes textes poé­tiques fait pen­ser à la séquence d’ouverture du film Star­dust Memo­ries de Woody Allen par lequel il enclen­chait son cycle berg­ma­nien.
Le héros assis dans un train voyait dans une rame adja­cente le regard aimé qu’il ne pou­vait rejoindre.

Dès lors, il ne faut pas se lais­ser prendre au titre du livre. Sous son aspect comp­tine se cache un récit poi­gnant.
Angèle Casa­nova évoque le deuil de sa mère dont les étapes évo­luent avec le temps.

Entre réa­lité et ima­gi­na­tion, comme cela se pro­duit lors de dis­pa­ri­tions majeures, l’auteure croit encore entre­voir, voir ou croire.
Et le livre met des mots sur les dou­leurs muettes.

Nul ne sait plus si c’est une petite fille qui dit adieu à sa mère ou l’inverse. Mais l’auteure a par­fois besoin de l’évocation par la prose des­crip­tive pour rameu­ter ce qui arriva et qu’elle res­sasse à même les émo­tions intactes dans le R.E.R. chaque soir.
Peu à peu, avant un retour final, le réci­ta­tif qui vide un peu ce qui doit l’être fait place à une vision où le trau­ma­tisme prend une autre consistante.

Ne reste que la rudesse de cette mort par acci­dent qui mène les sur­vi­vants là où l’épave a été relé­guée.
Tout tient dans un équi­libre qui tente de se faire. Il est ponc­tué par le rythme adja­cent des pein­tures de Cauda. Celui qui sou­vent fait bouillir le sang glauque des images crée sou­dain un tissu de méta­phores visuelles pour trans­for­mer les émo­tions de l’auteure en des élé­ments qui leur donnent une struc­ture dif­fé­rente en évi­tant tout effet de doublage.

Si bien que s’ajoute une pré­sence à la pré­sence pour — à tra­vers par exemple de deux bolets rouges qui four­millent d’une cla­meur visuelle à la souf­france — rame­ner à l’absente.
Et si la voix pénètre à vif la dou­leur, les stries et graf­fi­tis han­tés ajoutent une ponc­tua­tion inci­sive à ce qui pal­pite dans le texte et ses rappels.

jean-paul gavard-perret

Angèle Casa­nova & Jacques Cauda, Maman, Maman, j’ai rêvé de l’ours, Les édi­tions du Car­net d’Or, Pan­tin, juillet 2021, 70 p. –14,00€.

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