Entretien avec Paul de Pignol : le féminin de l’être

Dans ses sculp­tures et ses des­sins Paul de Pignol ouvre le monde à un état de spectres en puis­sance. Une pré­sence de vie se bat contre le peu qu’elle est. Et si l’ombre attend son heure, ce ne sont pas les êtres qui la portent en eux mais les Dieux illu­soires. Les pre­miers ont créé les seconds afin de pou­voir s’extirper tant que faire se peut de l’angoisse du temps. Reste contre cette illu­sion la pré­sence fémi­nine dont les série des « Vénus » et des « Figures » de roche » signent la force toute en roton­di­tés. Force fra­gile sans doute car sup­por­tée par un seul pivot ; mais la puis­sance demeure. Elle vient faire la nique à cer­tains « gisants » de l’artiste. L’univers est ren­voyé à une éter­nité par le silence vrom­bis­sant des femmes amples. Cha­cune témoigne d’une soli­tude quasi méta­phy­sique. Néan­moins, l’œuvre échappe pour­tant à tout pathos. Sa « signi­fi­ca­tion » dépasse de mille lieues une simple illus­tra­tion psy­cho­lo­gi­sante de la condi­tion humaine. L’artiste plante la femme de bronze comme ger­mi­na­tion pre­mière. Ses pampres mul­tiples animent le monde.

N.B. : sur Paul de Pignol : Vénus ou le mythe aliéné  de Fabrice Lebée, Les Edi­tions d’en face, Paris.

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Deux choses au moins : le désir et l’angoisse … Je veux être émer­veillé et étonné chaque jour …

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Ils sont tou­jours pré­sents. Il me suf­fit de regar­der mon fils pour me replon­ger dans cette joie de la décou­verte du monde.

A quoi avez-vous renoncé ?
A rien !

D’où venez-vous ?
C’est jus­te­ment ce que je cherche … Les ou mes origines …

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Le désir de vivre et la joie de la découverte

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
ne connais pas de petit plai­sir mais s’il y en a un ce serait celui que m’apporte le regard que je porte sur le monde … en le des­si­nant … Ce qui est énorme comme plai­sir finalement !

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres artistes ?
Je ne m’en pré­oc­cupe abso­lu­ment pas …

Où tra­vaillez vous et com­ment ?
Dans l’atelier à Paris pour le des­sin et près de la forêt de Fon­tai­ne­bleau pour la sculp­ture … Com­ment ? Géné­ra­le­ment debout si telle est le sens de votre ques­tion … Ou bien len­te­ment si telle en est l’autre sens … Et seul, j’ai besoin de silence et de recueillement …

Quelles musiques écoutez-vous en tra­vaillant ?
de clas­sique et sur­tout des musiques mélan­co­liques et sereines, calmes et pro­fondes comme les suites de Bach au vio­lon­celle avec Pablo Casals ou bien les “Kin­der toten lie­der” ou “Das lied von der erde “de Mah­ler avec Kath­leen Fer­rier. L’enfant et les sor­ti­lèges de Ravel et puis Schu­bert … Des opé­ras comme ceux de Mon­te­verdi ou bien Pur­cell. Mais aussi Miles Davis, Chet Baker ou Billie Holi­day et des chan­teurs comme Wal­de­mar Bas­tos, Bashung ou Car­los Gar­del … Beau­coup de musique dans ma vie, et de chants … Je peux écou­ter le même disque toute une jour­née et même jusqu’a la fin de mon tra­vail que j’effectue afin de res­ter dans l’ambiance …

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Cela ne m’est pas encore arri­ver de relire un livre en entier …

Quel film vous fait pleu­rer ?
Pas un film mais une scène de Barry Lyn­don quand Ryan O’Neal perd son fils jeune …

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Je me regarde très peu puisque je ne me rase plus …

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A Bal­thus et en ce moment à Cécile Rheims !

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Le ciel, la terre, les arbres, la mon­tagne et la mer … Je les regarde comme des per­son­nages étranges et mys­té­rieux, des géants …

Quels sont les artistes dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Bal­thus, les pri­mi­tifs ita­liens. L’art pri­mi­tif et la plu­part de ces incon­nus qui ont taillé des bois superbes dans des églises de vil­lages par exemple. Je me sou­viens d’un christ sublime dans un petit vil­lage dans le Vexin avec une tête énorme fen­due et tor­due comme un Bacon, un petit torse et des grosses mains. Il pou­vait dater du XVII eme siècle comme des années 50 et avoir était fait par le fac­teur du vil­lage, je ne sais. Il était aban­donné avec des toiles d’araignées, ignoré des gens du vil­lage et du curé car toute l’église était impec­cable sauf lui, per­ché dans un coin et pour­tant quelle émo­tion en le voyant, j’ai rare­ment vu quelque chose d’aussi beau …

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Du papier et des crayons …

Que défendez-vous ?
Je ne fais pas de poli­tique si c’est le sens de votre ques­tion. La seule chose que j’ai défen­due, en orga­ni­sant une expo­si­tion avec des artistes dont j’aime le tra­vail , c’est l’année der­nière pour les serres d’Auteuil car je pré­fère les fleurs aux stades … Mais je ne le refe­rais plus …

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
C’est triste pour ces deux per­son­nages !…  Lacan était cer­tai­ne­ment un grand per­vers ou un grand réa­liste je ne sais pas … Même qu’il don­ne­rait sa che­mise à des pauvres gens heu­reux , chan­tait Brel ! Et puis je me méfie tou­jours des phrases sor­ties du contexte, et comme je n’ai pas lu Lacan il m’est bien dif­fi­cile d’être sin­cère dans ma réponse …

Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?“
C’est géné­reux au moins …

Pré­sen­ta­tion et entre­tien par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com , jan­vier 2013.

2 Comments

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2 Responses to Entretien avec Paul de Pignol : le féminin de l’être

  1. marie laure solanet

    J’ai aimé ques­tions et réponses ! un bon moment. Merci.

  2. France Gotti

    Avec des années de retard …
    Je découvre Paul en adulte.
    Des phrases qui me touchent et résonnent en moi
    Merci

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