George Orwell, La Ferme des animaux

Un véri­table bijou littéraire !

Lorsque Mr. Jones, de la Ferme du manoir, se couche, pas­sa­ble­ment ivre, Maré­chal, un vieux cochon, réunit les ani­maux pour leur faire part de son rêve de la nuit der­nière. Avant, il évoque leur vie misé­rable et désigne l’Homme comme le res­pon­sable de tous leurs maux. Il leur enjoint de tra­vailler jour et nuit au ren­ver­se­ment de la race humaine par le Sou­lè­ve­ment.
Puis, il donne les paroles d’une chan­son que sa mère fre­don­nait quand il n’était que por­ce­let, por­tant le titre de Bêtes d’Angleterre.

Trois nuits plus tard, Maré­chal s’éteint. Mais son dis­cours trotte dans les têtes. Deux cochons, deux jeunes ver­rats, Boule-de-Neige et Napo­léon, éla­borent un nou­veau sys­tème phi­lo­so­phique : l’Animalisme, qui va être un outil du Sou­lè­ve­ment. Les mau­vaises affaires de Mr. Jones font péri­cli­ter la ferme. C’est la faim qui pousse les ani­maux à la révolte. Ils chassent tous les humains et se retrouvent maîtres des lieux. Ils détruisent tout ce qui est en rap­port avec l’homme, sauf l’habitation de Mr. et Mrs. Jones.
Ils rebap­tisent la Ferme du Manoir en Ferme des ani­maux. Ils ins­crivent sur un mur les sept com­man­de­ments éta­blis au terme de trois mois d’études dont le fameux : Tous les ani­maux sont égaux. Mais le concept tourne court dès que le lait des vaches dis­pa­raît plu­tôt qu’être distribué…

Ce conte est un véri­table bijou lit­té­raire, un texte à l’humour très noir où perce l’ironie, le sar­casme voire un cer­tain cynisme quant à la notion d’égalité entre les hommes. La trame de cette fable se trans­pose dans tous les régimes dic­ta­to­riaux, ceux qui sévis­saient à l’époque de son écri­ture comme le sta­li­nisme, le nazisme, le fas­cisme… Il s’applique de la même manière aujourd’hui et reste très actuel sur la pla­nète Terre.
Il suf­fit, dans une moindre mesure, de voir com­ment se com­portent des élus, soi-disant repré­sen­tant la popu­la­tion, des indi­vi­dus qui accèdent à des postes de « res­pon­sa­bi­li­tés », com­ment ils sont peu res­pec­tueux de l’argent des contri­buables. Mais une ques­tion fon­da­men­tale reste sans réponse : com­ment des peuples peuvent-ils se lais­ser abu­ser au point d’élire des clowns et je prie les véri­tables clowns, ces mer­veilleux amu­seurs, d’excuser l’usage de ce terme pour des sinistres indi­vi­dus tels que Trump, Bolsonaro…

Orwell a écrit cette fable en pen­sant à la dic­ta­ture de Sta­line, dic­ta­ture qu’il était inter­dit de cri­ti­quer au pré­texte que l’URSS était un allié dans la guerre contre le nazisme. Il emprunte au tyran sa façon d’être pour la trans­po­ser en Napo­léon, et reprend, dans son récit, des faits authen­tiques tels que les beu­ve­ries, les pro­cès de 1937–1938, les exé­cu­tions, les don­nées éco­no­miques tota­le­ment far­fe­lues don­nées au peuple. Il faut se réga­ler des argu­ties employées pour faire admettre les déci­sions les plus injustes. On retrouve, ainsi, les encou­ra­ge­ments à se ser­rer la cein­ture quand Napo­léon énonce : “Le seul vrai bon­heur réside dans un labeur opi­niâtre et une vie fru­gale.

George Orwell explique dans un cour­rier de décembre 1946 l’état d’esprit qui l’animait lors de l’écriture :  “Bien sûr, j’ai conçu ce livre en pre­mier lieu comme une satire de la révo­lu­tion russe. Mais, dans mon esprit, il y avait une appli­ca­tion plus large dans la mesure où je vou­lais mon­trer que cette sorte de révo­lu­tion (une révo­lu­tion vio­lente menée comme une conspi­ra­tion par des gens qui n’ont pas conscience d’être affa­més de pou­voir) ne peut conduire qu’à un chan­ge­ment de maîtres. La morale, selon moi, est que les révo­lu­tions n’engendrent une amé­lio­ra­tion radi­cale que si les masses sont vigi­lantes et savent com­ment virer leurs chefs dès que ceux-ci ont fait leur bou­lot… Vous ne pou­vez pas avoir une révo­lu­tion si vous ne la faites pas pour votre propre compte ; une dic­ta­ture bien­veillante, ça n’existe pas.

C’est un régal de par­cou­rir ces pages, une lec­ture qu’il faut recom­man­der encore et encore.

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serge per­raud

George Orwell, La Ferme des ani­maux (Ami­nal Farm), nou­velle tra­duc­tion de l’anglais par Phi­lippe Jaworski, Folio n° 1516, jan­vier 2021, 176 p. – 4,50 €.

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