Marcel Audiard, Le Maure m’a tuer

Un récit enlevé, pétri d’humour

Avec Le Maure m’a tuer, un titre se réfé­rant à un fait divers célèbre, Mar­cel Audiard boucle ce qu’il a bap­tisé sa Cri­lo­gie com­men­cée avec Le Cri du corps mou­rant suivi par Le Cri du mort cou­rant (Tous deux parus au cherche midi).

C’est avec l’enlèvement de petit Fran­çois, par Raoul, un père ivrogne qui veut récu­pé­rer le magot d’Odile, son ex-épouse, que débute la tri­lo­gie. Depuis, d’autres enlè­ve­ments ont mis familles et enquê­teurs sur les dents. Ainsi, cinq par­cours s’entrelacent, s’interfèrent pour une ava­lanche de péri­pé­ties mar­quées au sceau d’un humour tota­le­ment débridé, de dia­logues ébou­rif­fants, de rebon­dis­se­ments dignes d’un Alexandre Dumas, d’images et de com­pa­rai­sons auda­cieuses et peu com­munes.
Par­lant d’un per­son­nage âgé : “…les rides… Il en avait main­te­nant plus que de poils dans les oreilles.” L’auteur ne s’interdit pas les scènes crues mais avec des com­pa­rai­sons déviantes. Ainsi, il pro­pose : “…la bouche élar­gie à la Mor­teau de compétition.”

Faire un résumé de ces intrigues est une gageure. C’est une hal­lu­ci­nante théo­rie de pro­ta­go­nistes qui anime cette saga. Des ados voi­sinent avec des caïds, des flics flir­tant avec la léga­lité, des agents du Mos­sad, des tra­fi­quants, des ex-prostituées, des parents dépas­sés et une kyrielle de seconds cou­teaux.
Le roman­cier rap­proche ces uni­vers fort dif­fé­rents dans une suc­ces­sion inin­ter­rom­pue de ren­contres plus ou moins ris­quées. Tous ces acteurs se démènent pour faire vivre une his­toire addic­tive, en tension.

Avec un style qui lui propre, qui n’est pas sans rap­pe­ler de brillants pré­dé­ces­seurs dans l’art de tordre le voca­bu­laire, de jouer avec tous les sens des mots, de réa­li­ser des assem­blables syn­taxiques peu cou­rants, Audiard enso­leille son récit.
Même si le pré­sent tome peut se lire indé­pen­dam­ment des pré­cé­dents, pour en goû­ter, en appré­cier toute la saveur, toute la richesse, la lec­ture des deux tomes anté­rieurs s’impose.

Un récit drôle, enlevé qui, cepen­dant, sous un dehors déjanté sou­ligne nombre de dys­fonc­tion­ne­ments de notre société.
Un régal !

serge per­raud

Mar­cel Audiard, Le Maure m’a tuer, Publish­room Fac­tory, sep­tembre 2020, 372 p. – 20,00 €.

Leave a Comment

Filed under Inclassables, Pôle noir / Thriller

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>